Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 09:33

Littérature

 

Virginie Despentes

"Vernon Subutex"

Ed. Grasset, 2015

 

           "Les Niktamères sont rageux. De grandes gueules. Mais pas froid aux yeux."  Plus loin :  "C'était une perle cette fille, branchée pétards et mangas. Son seul côté casse-couille, c'était S'il te plaît Minou..." "Celui-là s'habillait comme un playmobil et sortait des conneries de mec de droite, dix ans avant que ce soit la mode." "Cet autre portait un costume super ringard. Avec des manières de la premières guerre mondiale."

          Ce qui s'entend ici est du néo français. Du français pop formaté binaire, mâtiné de vocables yankees (allégeancde inconsciente à la langue du maître). C'est beau comme du Rabelais.  Ca roule, ça saute, ça s'élance, ça bondit comme un rocher déboule dans un champ de rocaille. Il existe ainsi en littérature un style rock. Comme pourrait exister un style rap ou un style glamour. Et existe aujourd'hui un style geek techno-connecté. Virginie Despentes (des pentes des collines de la Croix-Rousse, à Lyon) pratique le style rock.  Celui de la dernière génération, année 90, époque de sa jeunesse. Durant laquelle son corps et âme ont été bringuebalés, tel un être vivant, jeté dans le tumulte d'un torrent. Virginie en est ressortie contusionnée, mais empathique et sereine, sans avoir perdu sa verve et son énergie. Inlassablement, par le détail, elle nous conte un milieu hétéroclite, semblable semblable à celui dans lequel elle a bourlingué. On y croise des putes, des drogués, des gens de la mode, des pigistes, des "trans", des stars du porno, des scénaristes de télé, des voyous de droite, des bourges marginaux. Parmi tous ces gens, Vernon. Un brave type, ancien disquaire, très pote avec Alexleach, un rocker noir superstar, qui s'est suicidé. Vernon a 40 ans, plaît aux filles. Il tenait une échppe, il a dû fermer, il est à la rue. Des gens l'hébergent pour quelques temps. Le voilà SDF. Au terme de l'ouvrage, 400 pages, on leretrouve affamé, tremblant, délirant sous lapluie, regardant Paris du haut de la Butte.

        La ligne du récit est ténue et souvent disparaît. Chaque chapitre introduit de nouveaux personnages et constitue à lui seule presque une nouvelle. Mais Virgine Despentes est insatiable. Il lui faut décrire ce monde. Un autre tome est même  prévu. Ce sera trop.  L'objectif est atteint. Tout est dit. L'intrigue autour de Vernon n'est nullement résolue mais l'on s'en moque. Son livre est un livre nécessaire. De l'auteur l'on a le coeur, le regard, l'intelligence et la voix, intériorisés dans l'âme de ses personnages. Ses mots sont les mots de ceux qu'elle décrit et comprend. "OK, celle-ci (par exemple) était : la grosse. Elle était en accord avec ça : endosser le rôle de celle qui doit avoir de l'humour et s'intéresser  à l'histoire des autres." Ce qui n'empêche aucunement la romancière de se montrer féroce. "Ils adorent (les bobos) le concept du connard pauvre qui garde le moral".

       Sans être un ouvrage de sociologie (on ne parle ni du sida, ni des banlieues, ni de la fin de l'Union soviétique) "Vernon Subutex" -on ne saura pourquoi ce nom- est un livre majeur. Indispensable à qui entend connaître cette époque, laquelle a déjà les traits de la nôtre. Une époque à désirer revêtir la burka ou devenir chrétien. Ou encore à se faire la malle, comme un soir le décida Alex Bleach, le beau rocker noir... Un livre qui mérite le succès qu'il rencontre.

On passe un disque ?

o

 

  

Partager cet article

Repost 0
Published by Le marquis de St-just
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog du Marquis de St-just
  • : Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
  • Contact

Recherche

Liens