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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 11:07

 

Littérature

 

Philippe Sollers

“L’Ecole du Mystère”

Gallimard, 2015

 

            “L’Ecole du Mystère”. Un titre à s’enfuir à toutes jambes. L’auteur cependant est Philippe Sollers. Toujours bon à prendre. Impertinence garantie. Le titre est en effet une provocation. La chose nous est confirmée dès la première phrase. “J’ai toujours voulu, nous est-il confié, célébrer la messe.” Sous la plume de ce grand libertin mécréant la chose est piquante. Le plus fort, n’en doutons pas, c’est qu’elle est vraie. Elever vers le ciel le ciboire d’or au son d’une douce musique, Philippe aurait adoré. “Mystère de la foi”, pour commencer. “Chacun, écrit-il, se raconte des histoires. Ne méprisez aucune histoire.”. Ni, par exemple, ce que votre main écrit. “J’aime cette poussière qui me constitue et qui écrit. Qu’elle en soit capable reste quand même un mystère.” “Au bout de ses doigts, il s’agit surtout de garder son enfance”. Autre “mystère de la foi”. Et “le jardin des mots, de surcroît, mène droit à celui des délices ”.

              Vers ces délices, l’auteur nous conduit. Il est parvenu à un moment de l’existence “où il s’efface et vit comme s’il n’existait pas. Même pas besoin de mourir, c’est commode.” Il peut s’autoriser d’intimes confidences. Décrire les liens de type incestueux qu’il entretint avec Manon, sa sœur. Mentionner l’importance donnée aux préliminaires, à la mise en scène. L’Ecole du mystère est en somme l’école de l’imagination. “Le mot inceste n’a pas de sens pour nous, note-il de façon significative. Pas plus que les désignations de frère, sœur, ou famille.” Ceci esquisse le prototype de l’homme occidental parvenu au degré ultime de l’individualité. Celle-ci affranchie de ses attaches oedipiennes et patriarcales. S’autorisant, en tant qu’entité libre, à copuler avec qui lui plaît, homme ou femme, frère ou sœur, adulte ou enfant. Sans souci de filiation ou de reproduction. Le souvenir cultivé des anciens interdits ajoutant une saveur raffinée à l’accomplissement des caresses. D’où l’importance des rituels religieux. “Une hostie, estime l’auteur, c’est tout de même mieux qu’une fellation. Et mille fois mieux que des pénétrations mécaniques”. Celles-ci, j’imagine, affreusement désuètes. En somme, le sacré, pour Philippe Sollers, est sexuel, et le sexuel sacré. Naguère, il intitula l’un des ses Essais “La Guerre du Goût”. La guerre ouverte des rituels de l’amour (c’est moi qui l’écrit) ne fait que commencer. Apparemment un livre modeste, tranquille, bon enfant : des notes au cours de la plume... Un brûlot !

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Published by Le marquis de St-just
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