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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 17:03

Littérature

Siri Hustvedt

“Un monde flamboyant”

Actes Sud, 2014

 

           Ce titre : “Un monde flamboyant”, est emprunté à une œuvre de fiction publiée au 17ième siècle par Margaret Cavendish, duchesse de Newcastle. Intellectuelle de haut vol, cette aristocrate a tenté sans y parvenir de se faire entendre du milieu dominant de son temps, celui des hommes. Son livre est devenue une œuvre emblématique pour Harriet, l’héroïne du roman de Siri Hustvedt. Celle-ci (l’héroïne) va s’en inspirer pour entreprendre la lutte désespérée qu’elle va elle-même livrer pour sa reconnaissance. Margaret, Siri, Harriet. Trois noms, on le voit, déjà, tournent autour de la même œuvre. La question “qui est qui” et celle des pseudonymes va hanter le roman depuis son commencement jusqu’à son terme.

          Harriet est d’abord l’épouse de Félix Lord, un riche marchand d’art très en vue sur la scène new-yorkaise. Quoiqu’un peu secret, l’homme est quasiment parfait. Son épouse et lui font figure d’un couple modèle. A la mort de son mari, Harriet est victime d’une sévère dépression au cours de laquelle lui apparaît l’état de soumission et de minorité dans lequel elle était confinée. Ses propres créations n’étaient nullement prises en compte. Se voyaient considérées comme des œuvres mineures. Des œuvres de femme. Pour prendre de la valeur aux yeux du public, découvre notre héroïne, une œuvre d’art doit être celle d’un mâle. Ce triste constat va animer la machine infernale médiatique que la révoltée met en place secrètement. La dame a du talent. Avec la complicité de partenaires discrets, trois installations successives vont être montrées en public, mais sous des pseudonymes différents, de genre masculin. Un franc succès étant alors prévisible, la vérité du subterfuge pourra éclater comme éclate une bombe. L’art contemporain prenant la forme ici consistante d’une expérimentation sociale en bonne et due forme, démonstrative d’une vérité cachée.

           Ainsi se dessine l’ossature d’un argument dont le lecteur se plaît à suivre les péripéties –mais non selon le mode linéaire d’un récit ordinaire. Le roman se présente au contraire sous l’aspect d’un épais dossier où se regroupent des écrits de toutes sortes émanant d’une vingtaine de témoins, personnes de tous âges et de toutes conditions. Les pages d’un journal intime côtoyant des interviews, des articles de presse, des réflexions philosophiques et autres déclarations. De telle sorte qu’à la manière d’un avocat comprenant de mieux en mieux le geste de son client, le lecteur, peu à peu, reconstitue le déroulement des faits. Avec un allant rare qui nous coupe le souffle, Siri Hustvedt, grande intellectuelle et grande romancière, nous livre en ce roman son âme et son cœur.

A ne pas lire, bien entendu, en taquinant son téléphone.

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Published by Le marquis de St-just
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