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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 13:32

Littérature

 

Roland Jaccard

« L’âme est un vaste pays » (193 pages)

Grasset, 1984

 

            Je vais connaître une surprise. Ignorant qui est Roland Jaccard, je me demande d’abord, ayant lu quelques pages, pourquoi j’ai commandé ce livre. Un petit article, j’imagine, paru récemment dans le Monde des livres. L’auteur, un écrivain de moyenne audience, décide de tenter le coup : écrire pendant quelques mois son journal et tout dire. Tout dire ce qu’il vit, tout dire ce qu’il pense. Une gageure. Une gageure dans laquelle échouent tous ceux qui la tentent. Mais une fois analysé, n’est-ce pas, on se sent délivré de  ses hontes. Une curiosité un peu suspecte, on le voit,  m’avait  déterminé.

            La narrateur, célibataire, vit du revenu de ses livres et de ses articles, connaît du monde, et passe une grande partie de ses loisirs à la piscine Deligny. L’homme est un solitaire, s’ennuie dans la vie, et ne trouve de consolation qu’auprès de très jeunes femmes quel que soit leur milieu –à condition qu’elles ne restent pas dormir. Le grand bonheur de cet écrivain est de dormir seul. Pur égoïste, disciple d’Epicure plus que d’Epictète, l’homme possède toutefois l’art de la rencontre urbaine. A la piscine, dans le RER,  sur le trottoir, on se côtoie, on se cause, on échange un numéro de téléphone, on se rappelle le soir. Et cela se répète et ne présente pour le lecteur qu’un intérêt très moyen. L’auteur certes est franc, le style est sec, ose exprimer des pensées que l’on tait. Cependant l’on s’ennuie. J’abandonne le livre.

          Le rouvre un soir, d’un geste machinal, avant de m’endormir. « Un humaniste ne peut être un homme de pouvoir ». Je tombe sur cette phrase. Elle est écrite en 1982. Plus loin sur cette autre, une citation de Cioran : « L’heure de la fermeture a sonné dans les jardins de l’Occident » (Ce que pense aujourd’hui l’E.I.). Et soudain sous mes yeux, ce livre, ce me semble, se met à penser. « Dans deux mois, écrit l’auteur, j’aurai 40 ans. » Il voyage. Tombe gravement malade. Se voit pris en charge. Mais surtout pris au piège de son propre journal, de sa propre écriture. Le propos se fait grave, poignant, profond.

            Lisez ce livre. « L’âme est un vaste pays ».

                                                                                                     Décembre 2015

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Published by Le marquis de St-just
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