Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 12:12

Religion

Olivier Merle

« Le Fils de l’Homme »

Roman

Editions de Fallois, 2015

         

          Un livre sur Jésus ! A son propos écrire une page. Celle-ci destinée à paraître dans un magazine chrétien excellent. –“Ciel, chère amie, je suis athée ! La personne donc la moins qualifiée pour remplir cette tâche !”. –“Détrompez-vous, cher marquis, c’est précisément ce péché qui nous intéresse !”. Ainsi sont-ils, les bons animateurs de la VIE (catholique). Ils n’ont pas froid au Dieu. Cette hardiesse me plait. De surcroît, il y a le personnage de Jésus. Je l’aime. L’homme le plus fou que j’aie jamais rencontré. Et le plus perspicace concernant l’orientation que s’est donnée l’humanité. Jésus venait, à mes yeux, sauver l’idée de Dieu. L’idée d’un Dieu Père, instituant pour le monde la fraternité. Et venant de Sa part demander pardon aux humains. Pardon pour le désastre la création, celle-ci recélant pourtant des merveilles. Jésus se chargeant ainsi de la faute “afin que s’accomplisse toute justice” (Mat 3,15). De cet homme, le Nazaréen, qu’allait donc nous confier Olivier Merle, géologue et romancier, devenu historien pour la cause ? Très informé, en tous cas, des travaux les plus récents des chercheurs.

        Adopter comme il le fait le genre romanesque pour relater la vie de Jésus et, dans son prolongement, la naissance de l’Eglise, était une idée audacieuse. En vérité, tout à fait pertinente. Car, qu’est-ce que l’évangile, au fond, pour la majorité des chrétiens ? Une histoire que l’on se raconte. Sur laquelle on brode. Et qui aboutit, une fois l’an, à la féérie de la crèche de Noël. Un récit dont la fonction principale est de faire lien. De faire tenir ensemble une communauté. A ceci près que le roman, ici, se qualifie d’historique .Prétend ne s’appuyer que sur des faits établis. L’ouvrage d’Olivier Merle, à ce titre, peut être considéré comme une réussite. Rien n’apparaît dans le récit qui ne puisse être admis par la science historique dans l’état actuel de ses connaissances. La vie de Jésus commence, de ce fait, avec la prédication de Jean- Baptiste sur le bord du Jourdain. Pas avant. Jésus s’y fait baptiser en compagnie de ses frères (biologiques). Ils ont pour noms : Jacques, Jude, Joset et Simon. Mais le ciel, conséquemment, ne s’ouvre pas. Nulle colombe ne volette. Aucune voix ne fait entendre la parole célèbre “Celui-ci est mon fils bien-aimé…”. Sous nos yeux se présente le cinquième évangile. Celui d’Olivier Merle en position d’historien. Lequel nous fait comprendre, en revanche, ce qu’il en était de la société judaïque à cette époque, de laquelle allait devoir se dissocier le christianisme. Avec la même rationalité nous est conté, après la mort et la résurrection de Jésus, l’histoire de la formation de la communauté chrétienne. Celle-ci présentée, non sans émotion, à travers l’itinéraire de deux couples d’apôtres : Jacques et Pierre, ceux-ci désignés comme étant “Les Hébreux” ; Etienne et Philippe ensuite, dénommés “Les Hellénistes”. Deux couples représentant “deux courants, écrit l’éditeur, qui vont diverger avec le temps et dont l’un deux, le second, va conquérir le monde”. 

            Un beau travail, émouvant et honnête. Le romancier quant à lui s’étant contenté, entre deux faits avérés, de “donner une continuité au récit”, non sans accentuer les moments significatifs qui ponctuent l’histoire. Une histoire qui conduit, après le meurtre d’Etienne, à une interprétation nouvelle de la passion de Jésus. Celle-ci étant désormais considérée comme un sacrifice expiatoire, offert en réparation des péchés. Une interprétation qui devient un article de foi dans l’Eglise naissante –sans que cette idée ne se soit imposée clairement, semble-t-il, à la conscience de Jésus lui-même.

            Dans ce récit, bien évidemment, je ne retrouve pas l’image personnelle que je me fais du Nazaréen (image destinée à glisser un peu de sens dans la doctrine du rachat, professée par l’Eglise). (Car, en effet : A qui, ou auprès de qui se racheter ?). Le Jésus que j’imagine, “enfant sans père”, se prend très vite (et c’est là sa folie) pour le Fils de Dieu. De Dieu “le Père”. C’est en Son nom qu’il s’offre en sacrifice, à qui ? Aux êtres humains. Reconnaissant de ce fait la part de Dieu dans la “faute originelle” de la Création. Geste admirable. Le Jésus d’Olivier Merle apparaît différent. C’est un homme pieux, intègre, idéaliste, mais raisonnable et prudent. S’Il croit dur comme fer en la venue “imminente” du Messie, il n’ose croire tout à fait qu’il  pourrait l’être. Celui qui vient serait déjà là. Ce serait lui-même. Jésus n'ose le concevoir clairement. D'autres le feront pour lui. Le Jésus de l’historien est un sage. Et ce livre un cadeau.   

A offrir –pour Pâques, aux cœurs purs.

Epilogue

            Le long texte qui précède, j’escomptais le présenter tel quel à l’équipe rédactionnelle du magazine chrétien. Avec pour titre : “Réflexions d’un incroyant sur “Le Fils de l’Homme”, roman historique”. C’était ignorer les impératifs de la mise en page. “1500 signes, m’a-t-on rappelé gentiment, pas plus”. Mon texte en comportait 4.500. Qu’importe. Chose promise chose due. J’ai livré seulement mon second paragraphe. Rien à y retoucher. 1500 signes, pile poil. Contentement professionnel. J’étais moins satisfait sur le fond. Je me prononçais, dans ce texte, sur la rigueur historique du roman. De quel droit ? Plutôt philosophe, voire théologien, je n’étais ni exégète ni historien. Un fond d’honnêteté m’a conduit à relire les Actes des Apôtres. J’en ai eu le souffle coupé. Une langue, une sincérité, un enthousiasme, une invention, une adéquation entre la croyance et les actes : admirables. Un sentiment d’authenticité qu’aucun autre récit, fut-il romancé, ne pouvait égaler. De ce roman historique, “Le Fils de l’Homme”, telle était la chose notable qu’il convenait de faire savoir, fût-ce en épilogue. L’art du romancier ou de l’historien ne saurait concurrencer l’intense émotion que produit, chez le lecteur, la rencontre du texte original. Serais-je devenu, pour l'énoncer, une personne "suffisamment qualifiée ?". 

o

Partager cet article

Repost 0
Published by Le marquis de St-just
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog du Marquis de St-just
  • : Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
  • Contact

Recherche

Liens