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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 11:55

Religion

 

Qui est le père ?

 

 

            Lentement je m’éveille. Réapparaît la conscience. A la radio, la voix d’un être humain murmure. Voix lointaine de quelqu’un qui explique quelque chose à quelqu’un. D’un geste ample un bras engourdi se déploie dans l’air et demeure en suspens. La main dès lors s’anime. Caresse le corps d’un petit appareil de bakélite blanc, d’où provient la voix. Je monte le son. Mon buste brusquement de redresse. Ce que j’entends est inouï.

            L’émission qui se diffuse, je l’apprendrai plus tard, s’inscrit dans le cadre de la prédication de carême de l’église protestante. Ce qu’expose le conférencier, Louis Pernot, semble une vérité simple pourtant neuve. Une vérité pathétique que le peuple chrétien, depuis bien des lustres, devrait avoir en partage. Mais que depuis deux millénaires il n’ose encore penser. Cette vérité concerne la naissance de Jésus. A grands traits, de mémoire, je restitue ici ce que j’ai retenu de la parole du pasteur. Celui-ci, dans un premier temps, tient le langage de l’historien. Conscient qu’il ne le fait nullement en privé, ou en petit comité. Mais sur les antennes d’une radio nationale.

            Joseph, le jeune charpentier, vit à Nazareth, un bourg de Galilée. Il connaît aujourd’hui le choc émotionnel de sa vie. Marie, sa fiancée, est enceinte. Qui est le père ? Ce pourrait être lui. Les deux jeunes gens auraient joué à papa et maman avant leur mariage. C’est mignon. Une petite fête que s’offrent bien des époux avant d’échanger leurs anneaux. Or ce n’était nullement le cas. Joseph, si c’eût été le cas, se serait tu. Aurait été bonnement le père de l’enfant. Lequel se serait inscrit dans la lignée mythique du roi David, comme le prédit l’Ecriture. Joseph cependant s’insurge. Il sait qu’il n’est pas le père et songe à répudier l’infidèle.

            Dès lors, qui est le père ? –Un  légionnaire romain de l’armée d’occupation, prétend un texte juif. On en connaît même le nom un certain Podémon ( ?). La vierge, en l’occurrence, aurait été violée. Marie toutefois soutient une autre version. Il s’agirait d’un ange. C’est déjà plus propre. Il s’agirait même, plus précisément, de l’Esprit Saint. Ce qui ne va pas sans une certaine noblesse. Ainsi, même, commente Matthieu, se réaliserait la prophétie d’Isaïe : “Et voici que la Vierge engendra un fils” (Is. 7,14). Difficile, hélas, à entendre. Sans compter que l’Ange ou l’Esprit, en transgressant la loi naturelle et la loi judaïque auprès de Marie, prenaient des risques. Mettaient en danger l’existence même de la jeune femme. Pouvaient-ils l’ignorer ? Joseph tremble d’horreur. Devant ses yeux se déroule un scénario tragique. “Si l’épouse ne peut faire la preuve de sa virginité, spécifie le Deutéronome, ses concitoyens la lapideront jusqu’à ce que mort s’en suive” (Deut. 22,21).

         Joseph avait-il obligation de dénoncer l’infidèle devant le Sanhédrin, comme le suggère Louis Pernot ? Le texte évangélique le laisse entendre. “Joseph ne voulait pas dénoncer publiquement son épouse”, lit-on dans Matthieu. Dans son indécision, le jeune charpentier heureusement fait un rêve : un ange lui apparaît et l’encourage :“N’aies pas peur. Prends chez toi Marie, ton épouse”. Joseph aussitôt s’exécute. Tel était son désir. C’est un homme droit. Courageux. Il est avant tout, sommes-nous en droit de penser, un homme qui aime une femme. Un homme qui, par un acte d’amour, sauve de la mort une mère et son enfant. Un enfant auquel il va lui-même donner un nom. Le nom de “Jésus”, qui signifie “Sauveur”. Cela ressemble à un acte de transmission.

Joseph a fait sa part. Le Fils de l’Homme, enfant adopté, un jour fera la sienne.

            La voix du conférencier s’attendrit. Son travail d’historien, dissociant la fable et le fait, il l’a désormais accompli. C’est à présent la parole du croyant qui se laisse entendre, sobre et lyrique. La part accordée aux humains dans le grand mystère de l’Incarnation l’émerveille. Il y voit la signature magistrale du Dieu chrétien survenant dans le monde. Ne s’adressant en priorité ni aux savants, ni aux nantis, ni aux puissants de la Terre. Mais d’abord aux petits, aux marginaux, aux brebis perdus d’Israël.

o

 

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Published by Le marquis de St-just
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