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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 15:49

Littérature

Milan Kundera

“La Fête de l’insignifiance”

Roman

Gallimard, 2014

 

           Le Sens est l’opium du monde”. J’en étais à écrire cette vérité prétentieuse lorsque parut, au printemps, “La Fête de l’insignifiance”. Une fois encore, me dis-je, ce roman de Kundera est écrit pour moi. “La Plaisanterie”, “L’Insoutenable légèreté de l’être”, “La Lenteur”, “L’Ignorance” : le thème qu’annonçait ces titres chaque fois me touchait. Après lecture néanmoins je restais sur ma faim. J’étais trop sérieux. Me manquait la légèreté de l’être. Cette année encore, lisant ce petit livre (140 pages) je me montre déçu. Je ne me suis pas senti à la fête. Dans le faussement bébête, Kundera en fait trop. Et dans le tragique pas assez. De sorte qu’à vous parler de cet ouvrage je ne savais comment m’y prendre. Dès lors j’ai regardé la critique. Ce que je ne fais jamais avant de prendre la plume.

            L’article paru le 4 avril dans “Le Monde des livres” est en tous points un texte remarquable. Un modèle du genre. (A conseiller aux jeunes gens qui ambitionnent de devenir critiques littéraires). Raphaëlle Leyris, l’auteur de l’article, relate avec clarté ce qui se passe dans le récit. Evoque le fond et la forme. Et aperçoit en somme dans cet ouvrage : “une exquise fugue (musicale) empreinte d’ironie”, et pour tout dire : “une fête de l’intelligence”.

            Cet éloge appuyé et un peu convenu en fait lui-même un peu trop, et je ne voudrais pas qu’il abuse gentiment le lecteur. D’où ces réserves que je vous livre, à commencer par la composition, dans laquelle je n’ai pour ma part nullement ressenti l’harmonie générale d’une forme musicale. La lecture que j’en fis fut en effet quelque peu laborieuse. Et l’image que je garde de l’ouvrage ressemblerait davantage à une toile de Picasso, où des personnages schématiques se confrontent et se superposent à angles vifs dans une surface colorée. L’espace étant ici celui du jardin du Luxembourg, au milieu de statues figurant comme on le sait des reines et des roi de France. Que l’auteur en tant que romancier revendique la liberté de mélanger les genres, les époques, l’imaginaire et le réel, la bonne humeur et les larmes est son droit le plus strict. Reste qu’à naviguer sans cesse et sans crier gare entre l’insignifiance superficielle et l’insignifiance au sens métaphysique, l’écrivain brouille les cartes et amuse le lecteur sans l’amener à véritablement penser. Kundera, dès ses premiers livres, a des choses importantes à nous dire. Ce qu’il énonce dans ce dernier roman sont des énormités. Des énormités vraies. Qu’il dissimule toutefois en faisant le clown et du théâtre de marionnettes. Ceci dit, lisez “La Fête de l’insignifiance”. Autour de vous on se racontera longtemps l’histoire des 24 perdrix de Staline, même si l’on oublie le sens qu’il en donne en citant Schopenhauer. Et quelques-uns admireront la façon dont le jeune Alain, méditant sur le nombril des femmes, achève finalement sa psychanalyse. Ceci n’est pas insignifiant.

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Published by Le marquis de St-just - dans littérature
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