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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 11:36

Voyage

AVANT

 

 

Possibilité d’une île

 

            Ce fleuve au regard bleu vert, que nous aimons voir passer, fut dans sa jeunesse un grand caractériel. Cette pensée alimente l’imaginaire du visiteur lyonnais qui n’est ni géographe ni le moins du monde géologue. Mais qui observe le cours du Rhône depuis l’embouchure de la Chogne, non loin du pont de Briord, et à deux pas du célèbre domaine d’Annolieu. La Chogne est ce ruisseau d’eau claire qui descend du cœur des collines et dans lequel les enfants, naguère,

Allaient à la pêche                 “aux écrevisses avec Monsieur le curé

                                                 et se baignaient, tout nus, tout noirs,

                                                avec les petites filles –et les canards…”

Ces collines, peuplées d’étangs et plantées de forêts, couronnent un étrange pays. Une sorte de vaste pierre inclinée, de forme triangulaire, laissée par le Jura devant la plaine de l’Ain puis celle de Lyon, dressant sur cette face de si hautes falaises qu’elles semblent les murailles d’une forteresse imprenable. “Que fait ici le Rhône à couler vers le Nord ?” se demande, songeur, le touriste lyonnais, immobile à l’embouchure de la Chogne. Alors que le cours du fleuve s’engageait hardiment vers le Sud, vers le Dauphiné ? Pour le poète, on l’aura compris, le fleuve, comme le bébé, est une personne. Une personne qui dans son adolescence fut fantasque, impulsive, imprévisible, mais qui a l’âge adulte, et du fait même de ses incartades, nous offre aujourd’hui un beau terrain d’aventure. L’homme, rentré chez lui, compulse les cartes.

            Le fleuve Rhône, ayant oublié à sa naissance son petit frère le Danube aurait-il cherché un moment, une fois parvenu en Gaule, à rejoindre le Rhin, son  autre jumeau, dans les brumes de la mer du Nord ? On ne sait. Ce qui est certain est que le fleuve français, après s’être baigné nonchalamment dans les eaux du Léman, a éprouvé bien de la peine à trouver sa voie. Pourquoi, ayant triomphé du verrou de Bellegarde, n’a-t-il pas emprunté le couloir de Nantua, ayant ainsi accès, à travers des terres fécondes, à la plantureuse vallée de l’Ain ? Qu’est-il allé se fourvoyer le long du dos du Jura, devenu le Bugey, se dirigeant vers l’Isère ? Et ce long parcours, pourquoi ? Pour opérer un virage complet et remonter tout soudain vers la Dombes, puis repiquer tout à coup vers le Sud-Ouest, en direction de LYON ! Les hypothèses vont bon train pour expliquer ce type de comportement. Certains, indulgents, évoquent le surgissement d’obstacles infranchissables au détour du chemin. D’autres, les impulsions inconsidérées d’un tempérament gravement versatile. Certains esprits malins avancent, de leur côté, une autre hypothèse. Le bougre aurait ouï dire de bonnes choses de la rivière Saône, une brune languissante. Il aurait imaginé l’engrosser une fois parvenu dans les bas quartiers de la ville de Lyon. D’autres enfin, assurément des psychanalystes, suggèrent l’existence d’un désir inconscient, mais irrépressible, dirigé “du côté de la Mer”. Ce qui bien sûr ne surprendra personne. Parlons donc, plus généralement, de concupiscence (l’un des mots, une fois segmenté, les plus chargés de la langue française) et n’en disputons plus.

            Le Rhône aujourd’hui, quoiqu’on en dise, se porte bien et prospère. Il a trouvé définitivement sa voie. Les mauvaises langues insinuent toutefois qu’il se fait vieux et vont jusqu’à lui reprocher de garder le lit. Nous lui sommes reconnaissants, nous, de nous avoir donné à proximité de LYON, mais en pleine terre, la possibilité d’une île. Cette île (sans doute devrait-on dire en toute rigueur cette presqu’île) porte un nom depuis le 14ème siècle. Un nom un peu fromager, il nous faudra savoir pourquoi. Il s’agit de l’Isle Crémieu.

             Qu’est-ce qu’une île ? Une terre entourée d’eau. Le territoire triangulaire de l’Isle Crémieu est bien une terre entourée d’eau. Son triangle géographique est marqué à son sommet par un pont. Le pont de Lagnieu. A l’opposé, sa base est constituée par une ligne sur laquelle se succèdent à la queue leu leu quatre villes : La Verpillière, Bourgoin-Jallieu, la Tour du Pin et St-Genis-sur-Guiers. Le pays ainsi délimité est un massif de petite montagne que bordent le Rhône à l’Est et au Nord, et à l’Ouest et au Sud une rivière appelée la Bourbre. Cette rivière, indispensable pour établir l’existence d’une île, nous avons bataillé pour la découvrir sur la carte. Elle est fine, se dissimule, se glisse entre les axes routiers, s’enterre dans les souterrains des villes, pour aller prendre sa source hors cadre, au village de Burcin, dans les Terres Froides. La Bourbre, assurément sera notre grand objet de curiosité. Nous enfilerons des bottes.

            Ainsi avez-vous l’image approximative du territoire où cet été Carla et moi, sans avoir à prendre l’avion, développerons notre programme d’exploration sauvage de proximité. Non sans être hantés par des noms de célébrités : Corot, Ravier, Ninon Vallin, Frédéric Dard, Maurice François, et Paul Claudel, dont la vie eut à voir avec cette fascinante contrée. “Avant le voyage, expérimentons-nous, c’est déjà le voyage.” Viendriez-vous nous rejoindre ?

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Published by Le marquis de St-just - dans voyages
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