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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 18:49

Cinéma

 

“Tombouctou”

Film de Abderrahmane Sissako

Décembre 2014

 

            Le cri de la vendeuse de poissons est celui que l’on attendait. On l'attendait alors que l’Islam se tait. Il est des silences qui font à nos oreilles un bruit assourdissant. Aussi terrible que le fracas des bombes. Aussi affolants que l’image d’innocents que l’on égorge. Sont-ce les médias qui bâillonnent des voix ? Les grands de l’Islam se taisent. Pas tous. Abdelwahab Meddeb, par exemple, cet intellectuel tunisien remarquable et courageux, parlait. C’était un indigné, condamnant hautement la dérive djihadiste. Sa voix s'est tue. La mort l’a emporté. Sa voix s’est tue. Le silence s’est épaissi sur le monde. C’est alors, pour notre réconfort, que le cri de protestation de la marchande de poissons musulmane est arrivé jusqu’à nous. La chose survint dans la quiétude d’une salle de cinéma. La colère et le courage de cette femme constituaient le plan principal de la bande-annonce du film “Timbuktu”, du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako. Carla et moi, depuis, avons vu ce film. Il nous laisse perplexe.

            Assurément n’avons-nous pas assisté à ce déroulement continu de violences et d’horreurs que n’aurait pas manqué de produire au sujet du djihad un cinéaste hollywoodien. Il  convient de s'en féliciter. Le film néanmoins nous apparaît singulièrement timide. Semble présenter du djihadisme une version soft sur fond de somptueuses cartes postales de vacances. Certaines scènes d’inhumanité nous sont certes montrées. La flagellation d’une femme à genoux méritant 40 coups de fouet pour avoir, la malheureuse, chanté dans la nuit. Puis un homme et son épouse, enterrés vivants jusqu’au cou, la tête seule dépassant de la poussière et du sable, avant d’être lapidés par le cercle des villageois assemblés. L’image pourtant inoubliable à nos yeux, la plus authentique, la seule à être à la hauteur du sujet, étant celle de notre poissonnière à qui l’on oblige, pour cacher ses mains, de porter des gants. Sa protestation, sa sainte colère fustigeant au nom d’Allah la bêtise humaine, était le cri que l’on attendait. Il restera dans nos mémoires.

            Excepté ces images courageuses, un grand calme se dégage du film. Ces djihadistes va-nu-pieds, mitraillette à l’épaule, sont assurément de braves garçons, empreints d’une sorte de noblesse. Des gaillards tranquilles faisant leur boulot sans esclandre ni vulgarité, tout à fait dignes d’être fréquentés. Si j’avais 17 ans, si j’étais musulman, un peu paumé, il me plairait sûrement, fou d'idéal que j'étais, d’aller faire un bout de trekking avec eux

 

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Published by Le marquis de St-just - dans cinema
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