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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 15:39

Littérature

Barbey d’Aurevilly

“Une vieille maîtresse” (1851)«««

Folio, Gallimard

 

            Carla était bonne élève. Elle a gardé de ses années d’études secondaires les cinq volumes du manuel d’Histoire littéraire de Lagarde et Michard. Des ouvrages aujourd’hui décriés mais que n’ont sûrement pas oubliés les lycéens de sa génération. Je voulais en avoir le cœur net, et j’ai consulté le volume consacré au 19ème siècle. Ce à quoi je m’attendais s’est trouvé vérifié. Le nom de Barbey d’Aurevilly ne figure pas dans la liste des auteurs étudiés. Ce romancier original à la verve romantique, mais dont la précision des analyses annonce Proust n’appartient pas à la littérature française. Raison pour laquelle je ne connaissais de lui pour ma part que le nom, suivi d’une réputation de catholique d’extrême droite. A la lecture passionnée d’“Une vieille maîtresse”, je découvre un roman qui culmine au milieu des plus grands romans du 19ème siècle. Un ouvrage dont la lecture éveille en tous cas le désir de connaître son auteur, d’apprendre ce qu’il en fut des déterminations de son existence, de savoir en somme s’il écrit d’expérience, ou seulement selon le jeu conjugué de l’écriture et de l’imagination. Barbey, nous informe la préface, n’a pas inventé son sujet. Celui-ci lui est donné par le vécu personnel d’une expérience amoureuse dramatique dont l’énigme l’interrogea toute sa vie. Qu’est-ce que l’amour ? Quelle en est la substance pour qu’il vous conduise à vivre des situations impossibles ? Telle est la question dont est porteur de ce fait le comte Ryno de Martigny, son héros, dans un ouvrage dont l’intrigue se résume à un suspens qui égale en minceur l’intrigue du roman de Flaubert, Mme Bovary. En effet, il s’agit seulement de savoir si le comte Ryno  parviendra ou non à quitter son ancienne maîtresse, une certaine Vellini, alors qu’il vient d’épouser la jeune et incomparable Hermangarde. Dans le milieu aristocratique du faubourg St-Germain on a pris les paris. Et le roman, lorsqu’il paraîtra, devra affronter venant de toutes parts (des milieux chrétiens comme des cercles de la Libre Pensée) les plus violentes critiques. Comment un homme qui se prétend catholique pratiquant peut-il avoir l’audace, écrit l’un de ses amis, de publier “un des romans les plus dangereux que puisse lire une pensée oisive ?”. Pour interroger son sujet, faut-il admettre, Barbey a largement pimenté son plat. Accentué à l’extrême, dans la confrontation, la différence des opposés. Hermangarde est la femme idéale. Elle est jeune et belle, vierge et riche, parfaitement intégrée dans la haute société parisienne. Vellini qu’il veut quitter après trois années de vie commune et de nomadisme à travers le monde, est une malaguaise “vieille”, laide, noiraude, fille d’une princesse douteuse et d’un toréador espagnol. Ne riez pas. La Vellini n’est nullement dépourvue de charme, de caractère, et de certaines séductions que je m’interdis de vous dévoiler. Quant au couple improbable qu’elle forme avec le comte, il est de ceux, ferais-je remarquer, que l’on voit de plus en plus se former aujourd’hui autour de nous. Tel est, quoiqu’il en soit, le matériel humain précieux que l’auteur soumet à son observation, se contentant d’exercer de temps en temps un léger déplacement latéral de l’objet observé, dans un sens ou dans l’autre. Ce sont ces va et vient  qui lui permettent de bien conduire son analyse et d’émettre des hypothèses qui font crier Paris. Existerait-il plusieurs sortes d’amour ? L’existence de l’un exclut-il l’existence de l’autre, ou au contraire peuvent-ils coexister ? En quoi consiste la fidélité ? Qu’est-ce qui la fonde ? De quel côté se trouve-t-elle ? Est-elle l’apanage de l’amour chrétien ? etc. Mais quelle audace, dites-moi, pour un chrétien déclaré, d’oser à cette époque de telles interrogations ! Bien sûr ai-je regretté que le romancier se soit contenté, malgré la sincérité de sa démarche, d’une analyse psychologique du conflit des deux amours. Evitant d’apercevoir, de ce fait, que le choix qui s’offre au héros pourrait bien n’être qu’un choix prosaïque entre deux modes d’inscription de soi dans la société. L’un romantique et aventureux, l’autre conventionnel et “père de famille”. Etant entendu que l’amour chrétien, enclos dans la théorie du mariage, fait le choix de s’inscrire dans le confort de l’ordre bourgeois.

            Si ces questions, chers amis, suscitent votre intérêt ouvrez ce livre. Sa lecture n’est pas triste. Le style joueur de l’auteur, les Comtesses et les vieilles marquises du Faubourg St-Germain ; les manies d’Eloy de Bourlange vicomte de Prosni ; les rendez-vous hyper romantiques au creux des cavernes marines des falaises de Carteret, j’en fait promesse vous réjouiront.

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Published by Le marquis de St-just - dans littérature
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