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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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"The Square"

Cinéma

 

“The Square”

Film du suédois Ruben Östlund , 2017

 

            Pour recouvrer le téléphone qu’on lui subtilement dérobé, un homme fait peser une menace de vengeance sur le mental d’une cinquantaine de personnes, toutes locataires du même immeuble. Avec l’intervention finale d’un petit garçon qui revendique la parole, il y avait là matière à un scénario original et consistant, propre à dénoncer notre société manœuvrière et marchande.

            Dans le film de Ruben Östlund, “The Square” qui a décroché la palme d’or à Cannes, ce scénario n’est hélas que le fil ténu le long duquel, en des épisodes disparates, se déroule une toute autre histoire. Assisté de quelques publicitaires, amateurs de vidéos sur YouTube, le conservateur quarantenaire d’un grand musée de Stockholm entend réussir sa mission : annoncer au public l’ouverture d’une nouvelle exposition intitulée The Square.

            Pour se faire connaître et faire parler de soi, estime le metteur en scène tout comme son héros, il faut dans notre société créer des chocs. Se faire ainsi remarquer. Or dans le domaine de l’art contemporain, chacun le sait, la chose est singulièrement facile. Dans un espace réputé noble (un square, un carré, un musée), vous introduisez un objet inattendu, voire insolite, et de préférence incongru. L’effet est immanquable. Tout le monde en parle. On reconnaît là le geste fameux de Marcel Duchamp, dans les années 1910. Geste à l’origine de la notion spécieuse d’art contemporain. Prenez par exemple une vieille roue de bicyclette. Un porte-bouteilles métallique disposé à l’envers. Ou mieux encore une cuvette d’urinoir que vous nommez “Fontaine”. Exposez-les ensuite dans un musée. C’est alors le choc. Le choc de la chose et du lieu où elle est montrée. En quoi se définit la nature de l’art contemporain. En publicité c’est  pareil. L’affiche d’une fille dénudée devant une assiette à fromage. Ou à demi-nue dans la rue hivernale. Sachant qu’en cette affaire c’est à votre portable que l’on en veut, du moins à votre argent. Ou  encore, d’images vidéo genre YouTube faites un film. Portez-le à Cannes. Vous obtenez la palme d’or. Publicité et art contemporain : même combat.

            De ce film interminable (plus de 2h) une scène inoubliable demeure pourtant en ma mémoire. Celle d’un pauvre bougre affalé, à bout de course, qui n’en croit pas ses yeux et ses oreilles : le héros de “The Square” ne lui fait pas la charité. D’homme à homme, il lui demande un service. Une fin bien-pensante à la manière d’Hollywood ? Non. Mieux que cela.

            Dans l’acharnement du suédois Ruben Östlund  “ de tout faire pour y arriver” et de se faire un nom, on pressent une générosité. Le lauréat de ce dernier festival de Cannes est à suivre. L’homme n’a pas dit son dernier mot.

 

P.S. : Interprétation tout à fait remarquable de Claes Bang dans le rôle de  Christian, le conservateur du musée.

 

Novembre 2017

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