Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Société
Périphérie
Que sait-on des périphéries ? De la périphéries des villes ? Carla brûlait de faire un saut. Un saut à la périphérie de Lyon. Le point était précis, indiqué sur la carte. Là se trouvait un vieux barrage. Doublé d'une centrale électrique. Bâti sur une dérivation du Fleuve, le Rhône, sur la fin du 19ème siècle, après l'inondation de la ville. Personne ne le connaît. On ne l'a jamais vu. Pas un lyonnais. Carla voulait voir. Promenade hygiénique du dimanche matin, la main dans la main.
Grand soleil d'hiver. Le lieu est désert. Doucement inquiétant. Le chemin est spacieux. D'un côté un long mur. Interminable. Celui du cimetière. De l'autre côté la berge, plantée d'herbe. La berge du large canal. En travers, le barrage, long de 300 mètres. Vu d'amont, illuminé par la lumière de l'heure, il brille tel un vaste palais. Un palais sans faste, qui règne sur les eaux. Des cygnes et des oies sont posés sur l'onde. Ils sont là pour embellir le paysage.
Nous remontons la rive. Soudain, le grand tapage d'un claquement d'ailes. Deux cygnes au cou tendu, tels des flèches, prennent leur essor au raz de l'eau. La scène est superbe comme l'envol de deux avions Concorde. Entre eux, une oie grise, bedonnante. Ses cris semblent implorer pitié, demander "Attendez-moi, moi, moi...". Nous ratons la photo.
Cités ouvrières. Villas collossales des patrons de jadis. Petites maisons touchantes de la Loi Loucheur. Estaminet pathétique "Chez Bébert". Pas un chat. Juste un homme qui de la fenêtre d'en-bas tire sur des oiseaux innoportuns, avec un lance-pierre. Nous atteignons l'arrêt du nouveau tram. Il semble un jouet. A bord nous rentrons. Traversons un espace étrange. Terrains vagues, usines en friche, immeubles cossus flambant neufs. Une périphérie qui meurt, qui naît. Où sont les gens ?
