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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Interdit d'interdire

                                                                                                                                                    Société
                                                       Interdit d'interdire

       Un groupe de militants gauchistes est le détonateur de l'explosion populaire de Mai 68. Maoïstes et trotskistes visent à renverser le Régime. La jeunesse à leur suite s'enflamme. Elle vise à changer la vie. A vivre une grande liberté. Elle n'ambitionne pas de s'emparer du pouvoir. Seulement de s'en délivrer. Elle veut prendre la parole. Il lui faut pour cela renverser les pères de leur trône. Les chefs, les parents, les patrons, les mandarins, les patriarches. Battre en brèche leur sénile autorité. Leurs interdits d'un autre âge. 
       La révolution politique n'a pas eu lieu. La révolution culturelle, oui. La nation, l'Occident y gagnèrent un peu de souplesse dans les rapports hiérarchiques. Mais surtout une grande liberté de moeurs. Le mouvement dure encore. 
        La société par la suite a commis une erreur. D'un cri pour la bataille, elle a fait une éthique. Un impératif catégorique. "Il est interdit d'interdire !". Ce slogan, érigé en maxime, est une sottise. Comme l'est d'ériger en principe de vie le mot d'ordre anarchiste : "Ni Dieu ni maître". Ni Dieu, passe encore. D'un père imaginaire  beaucoup peuvent se passer. D'un maître ? Impossible. Tout humain a un maître : le réel.  
         D'abord, le réel sensible. Dont la poigne nous cuit. La flamme d'un feu. Le tranchant d'un couteau. Pas touche. L'enfant comprend vite et tout seul. A  l'autorité de ce réel il se soumet sans piper mot. Sans demander son reste. L'adolescent plus tard tâte le terrain. Prend des risques et des coups. Eprouve dans sa chair le sérieux du réel. Jusqu'où ne pas s'y frotter. Il lui fait obédience. Reconnaît le périmètre du jeu. Une délivrance.
        Et il y a le réel symbolique. Le réel invisible des lois. Des lois arbitraires mais nécessaires dont conviennent entre eux des humains. Pour assurer la paix, la survie. Les rites d'inititation ont cet objet : rendre sensible l'impératif du réel invisible. Le réel de la loi du clan. Le transgresser fait mal. O.K.
        Les rites d'initiation ont disparu de nos contrées. La voix du père, elle-même, la colère qu'elle contient ont été invalidées. Changement de civilisation. Le bébé naît sujet de droit. L'enfant est une personne à part entière. Davantage même, un petit roi. Nous sommes à l'âge du bébé souverain. C'est lui qui vous répond au téléphone. Vous annonce sa joie à la naissance du petit frère.
         Question : qui va lui rendre sensible le réel symbolique ? La loi est pour lui sans consistance. Une consistance qu'il appartient au parent, à l'éducateur, de faire sentir. Le parent se dérobe. Se croit coupable de lui donner corps : Il est interdit d'interdire.
          Horizon du désarroi, de la dictature peut-être, de l'enfant sans maître
.
                                                                                                 o

  

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