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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Courir au Parc

                                                                                                                                                      Société
                                                 
                                            
     Courir au Parc

      Ils viennent courir au parc résolument. Jeunes ou vieux, hommes et femmes, seuls ou en groupe. Ils viennent le matin, le midi, le soir. Il n'y a pas d'heure pour les braves. Pour les gagnants. Cependant leurs motivations, c'est visible, sont variables. On court pour le poumon. Pour la perte du ventre. L'assouplissement des rouages. La perfection musculaire. Quelques uns sur indication médicale. On court pour être jeune. On court parce qu'il faut. On court pour être quelqu'un. Quelqu'un qui fait du jogging. Ca fait un peu U.S. J'en ai même vu un ou deux qui couraient pour le plaisir.
        En général, ils courent mal. Ils ne l'ont point appris à l'école. Ca souffle, ca traîne, ca caracole, ca pietinne, ca lève la jambe inconsidérément. Rien à voir avec le naturel du coureur grec immortalisé par Phidias. Il y a les gros, les grands, les courts, les droits comme un I, les tordus comme un Z, les rapides, les lents, les gazelles, les hippopotames, les escogriffes et les sloughis. Quelques locomotives. 
         Ils ne voient pas les arbres, les canards sur l'eau, les parterres de fleurs, les écureuils. Ils ne regardent pas. Ils vont. Parvenus à la grille, ils accomplissent avec bonheur les gestes rituels : Assouplissement du corps sur la jambe raide, celle-ci posée sur la barrière ; saisie du pied par la main, la jambe pliée vers l'arrière. C'est là qu'ils sont le meilleur. En plus, c'est excellent pour la cuisse, j'ai essayé.
          Ainsi court-on au parc. Carla et moi, nous faisons du Vélo'v.
          Les chasseurs de tête, les recruteurs de main-d'oeuvre devraient venir au parc. En matière d'évaluation du caractère d'autrui, rien ne vaut l'observation de l'homme qui court. Mieux que l'entretien  perspicace, l'examen graphologique, ou le test de Rorschach, un seul coup d'oeil sur l'observé vous donne une idée nette de son rapport à l'existence. En plus d'être instantanée, sans frais excessifs, l'application de la méthode est des plus simple.
            Le coureur accourt. Prenez alors tout bonnement au sérieux les mots qui vous sautent à l'esprit. Cette coureuse, par exemple, vous incite à dire : "Cage à oiseau". Ne la poursuivez pas. Fût-elle belle.  Cette autre déclenche en vous "Maman, bobo". Evitez-la. Celui-là : "Pousse toi d'là que j'm'y mette". Redoutez-le. Cet autre : "Quand faut y'aller faut y'aller". Ne l'embauchez pas. Enfin fermez les yeux si le type vous inspire : "M'as-tu vu Georgette ?". Vous éviterez la catastrophe.  Paresseux comme je suis, ma préférence irait sûrement vers celle ou celui qui me suggère : "Pas de problème, chéri, je me charge de tout". On ne se corrige pas. J'ai ce choix naguère. (Pour la Société Générale). J'ai dû partir à temps.
             Cherchez-vous un emploi ? Tous compte faits..... n'allez pas courir au parc. Ou venez-y pour rêver ou admirer les biches.

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