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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Un mot sur la porte

                                                                                                                                                               Société

                                            Un mot sur la porte
     Les humains on le sait sont grégaires. Dociles à la geste que leur dicte le social. Ils subissent de même, souvent avec fierté, la dictature des objets. Les bons objets du moment. Du temps où c'était top,  certains types interrompaient une déclaration d'amour pour allumer un clope. Le geste, estimaient-ils, était classe. Il s'imposait. 
      Il convient donc de ne pas en vouloir à Tanguy du coup qu'il nous a fait et qui va suivre. Ni, pour la même raison d'en vouloir à Estelle, à Corinne, à Grégoire. Richard, non. Cet homme est trop fin, trop bien élevé pour se comporter de la sorte. Et trop conscient. L'étrangeté, depuis quelque temps, vient de ce que nos invités adoptent le même comportement. Signe, dirait-on, qu'un sens de la courtoisie entre humains s'efface -du fait de l'empire des objets. 
        Carla et moi, faut-il le dire, aimons recevoir. Des invités chaque fois peu nombreux, un ou deux tout au plus, de préférence. Ce soin, pour garantir la part d'attention à laquelle chacun a le droit. Assurer de la sorte le libre cours de nos phrases. Partager en somme le pain et les mots, une fête, un sacrement. Le sacrement de l'amitié.
         Tanguy dînait ce soir à la maison. Carla, pour le chérir, avait mis les petits plats dans les grands. Des bougies sur la nappe. Un minuscule cadeau dans la pli de sa serviette blanche brodée de petits bleuets. La conversation était enjouée. Le vin était bon. La rencontre s'annonçait sous les meilleurs auspices. Soudain, Tanguy sursaute, se lève, quitte la table, disparait dans l'obscurité du couloir. Carla et moi : interloqués. Tout à coup il faisait froid. J'ai vérifié : le thermomètre pendu au mur avait perdu 5 degrés centigrades. 
        Tanguy pourtant revient, apaisé : il avait obéi à l'appel du dieu. Comme Estelle, comme Corinne et Grégoire avant lui, il s'éclipsa de cette manière trois fois dans la soirée. A la quatrième rupture, nous étions au salon, papotant devant l'âtre. Le feu, bon prince, avait réchauffé l'atmosphère. A Tanguy, enfin, j'allais faire confidence. Non l'aveu du sentiment vif que j'éprouve à l'égard de Sylve, sa jolie compagne. Mais une confidence. Ou peut-être allais-je lui poser une question pertinente qui sommeillait depuis longtemps au plus précieux de ma mémoire. En vain : Tanguy n'était plus là.
        L'avait-il jamais été ? A nouveau, dans le salon c'était l'hiver. Notre hôte (trader performant dans une banque renommée) nous l'avons raccompagné jusqu'à son auto. Une Smart. Garée en travers. A 800 mètres de là. A vol d'oiseau. Il neigeait. 
          Carla et moi, revenant au logis, délibérons. Prenons une ferme résolution. Celle d'apposer sur notre porte un écriteau -nettement inspiré du fronton de l'Enfer selon Dante. On y lirait en lettres gothiques :

                                       "TOI QUI ENTRE ICI
                       JETTE AU FEU TON PORTABLE"

         Contrepartie me concernant : Cesser de fumer la pipe devant l'âtre...  A moins que cet objet, la pipe, ne s'avère lui aussi être mon maître. Question : Echappe-t-on jamais à l'enfer, à l'enfer des objets ?  
                                      o

 

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