Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Société
Coaching
La honte, jadis (avant Mai 68) était de devoir consulter un psy. On battait sa femme, on faisait "mu-muse" avec ses enfants, on touchait l'oreille de son supérieur hiérarchique, on n'était pas fou.
Le grand chic, dans les années 70, était d'avoir un psy. Non un psychiatre, grands dieux ! mais un analyste. De préférence un analyste de l'Ecole Freudienne. Avoir un divan chez un psy lacanien, c'était le nec plus ultra. On était nullement son patient, on était son analysant. Ca vous requinquait en moins de dix ou vingt ans. Et puis, de temps en temps, quand votre femme vous quittait, on en refaisait un tranche. Un tranche d'analyse. C'était cela l'extrême distinction. Jouir de dire en faisant un clin d'oeil : "Il n'y a pas, vous le savez, de rapport sexuel", c'était cela la culture. L'initié comprenait. On était appauvri mais content.
En 2008 il faut avoir un coach.
Le mot d'abord est riche, faussement rassurant, chargé d'histoire. Il vient du saxon Kutsche, saute en France et devient Coche. Revêt alors l'image d'un bon gros cocher maîtrisant (fouet en main) ses chevaux fougueux. Et nous sommes tous, actuellement, n'est-il pas, des chevaux fougueux ?
Et puis le mot nous arrive d'Amérique. Comme Saint Augustin, natif du Maghreb, devait naguère parler latin, il nous faut bien, nous français, parler de plus en plus américain. La langue du dominant, irrestiblement, est le langage qui plaît.
Enfin le mot provient du sport. Les entraîneurs, les managers croupissent aux oubliettes. Dorénavant une équipe, un athlète ont besoin d'un coach. C'est le seul moyen de les pousser au bout. Là jusqu'où, seuls, ils n'auraient pas la force, l'idée, ni le désir d'aller. La carotte et le bâton, c'est terminé. Ils performent maintenant au foin et au fouet. Cela s'appelle le coaching. Grâce à cette relation d'aide éclairée, on aurait déjà obtenu des résultats significatifs. Conquis deux centièmes de seconde au 400 mètres haies. Enfin, preuve indiscutable que la chose réussit : l'industrie et la banque s'en inspirent.
Fini l'apport des consultants et le contrôle modérateur des syndicats. L'ère du coach commence. Les cadres, les chefs de bureau, les chefs d'équipe, les contremaîtres, les guichetiers, les manutentionnaires, les techniciens de surface, les directeurs d'entreprise eux-mêmes, tous ont leur coach. A cette pratique généralisée, les experts les plus autorisés attribuent l'excellent palmarès de l'industrie française à l'exportation, et la prospérité éclatante des grandes banques (notamment de la Société Générale).
Les Services Publics, l'Education Nationale (toujours un peu tardive étant donnée sa masse) ont recours au coaching. Cela descend jusqu'aux élèves, atteint les bébés. Le coaching est une cause nationale. Elle englobe le public et le privé, le productif et le culturel, vise au dépassement de soi et à la performance. Produire plus pour être plus heureux. Les Eglises s'y montrent sensibles. J'ai entendu parler d'un "Jésus-coach" (dans le Temple, contre les marchands, il faut l'admettre, il s'y connaissait dans le maniement du fouet).
On le devine, j'ai moi-même un coach, et je m'en félicite. C'est Carla. Elle galvanise mon énergie. Je lui dois d'ouvrir un Institut Privé de formation en cours d'emploi de "papas-coachs".
(Ecrire I.P.P.P. 115, rue Sarkozy, Montreuil-sous-Bois ).
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