Société
Des barbares civilisés
« Pourquoi les humains sombrent-ils quelquefois dans la barbarie ? ». Je sors lentement du sommeil. Quelqu’un à la radio avance la question. Une voix apporte une réponse. Inattendue. Le mobile serait le besoin d’affirmer une différence. De se différencier de gens dont jusqu’ici l’on était proche. Et par ce moyen, resserrer les liens de son propre groupe.
On peut repérer de surcroît, et certains s’y emploient, des facteurs pathogènes invariants (historiques, culturels, économiques, politiques et sociaux) qui, réunis, constituent un champ de force maléfique et puissant. (Tel au Rwanda, en Bosnie, au Kosovo, par exemple.)
Tout cela sans nul doute est pertinent. Mais ne dit rien de ce qu’il en est de la part personnelle des acteurs impliqués dans le massacre et l’abomination. Or là il conviendrait, se consultant soi-même, de reconnaître en soi ce que le social nous intime d’oublier. Que nous sommes tous, naturellement, des barbares. Des barbares que l’on a civilisés. Civilisés afin qu’ils puissent vivre ensemble.
Et savoir qu’en certaines circonstances néfastes (et manipulées) la tentation surgit « d’en finir ». D’en finir par un acte. En finir avec la peur, le compromis, la frustration, la complication. Enfin se simplifier la vie. En finir en somme, une bonne fois, avec le poids que fait porter sur nous la civilisation. Fantasme qui, sur le moment, s’éprouve comme une délivrance. Le défoulement d’un refoulement. Autorisé tacitement par la communauté, qu’elle soit civile ou militaire.
La civilisation est une servitude nécessaire des barbares que nous sommes. Servitude nécessaire qui lui faut transformer en servitude volontaire. Quelquefois il craque.
Savez-vous que, civilisés, nous sommes tous des héros ?
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