Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Littérature
Tierno Monénembo
“Le Roi de Kahel”
Seuil, 2008
Faut-il lire les prix littéraires ? Ces livres qui tout soudain arrivent à la fin de l’automne, entourés de prestige ? Quand on sait que le critère qui préside à leur sélection n’est pas seulement littéraire ? On peut en discuter longuement. J’ai fait personnellement le choix de ne pas les ignorer par principe. Une fois sur deux, je n’ai pas à m’en repentir. Ma question étant de savoir ce que le couronnement de ces livres nous laisse entendre de notre société.
Cette année, je le remarque, Les Prix Goncourt et Renaudot sont attribués à des auteurs venus des lointains. L’un du Moyen-Orient, l’autre d’Afrique. Ce choix, me dis-je, exprime une heureuse ouverture de nos institutions littéraires à des voix venues d’ailleurs, et je m’en félicite.
Du premier, Atiq Rahimi, j’ai déjà dit quelques mots sur ce blog. Dans son roman sous titré “Pierre de patience”, l’auteur intériorise en mots sobres la colère d’une femme. Une femme orientale que l’absence de parole et de liberté pétrifie. Son livre, si j’ose dire, est le cri d’une pierre. (Il est déjà dit dans l’Evangile : “Si eux se taisent, les pierres crieront”). Entièrement construit sur ce symbole ce petit roman, sans nul doute, fera date.
Le livre de Tierno Monénembo, le Roi de Kahel, s’inscrit dans un autre contexte. Il vient, si j’ose dire, après le cri. Il s’écrit dans la liberté paisible, désormais amusée, d’un Africain qui ose épouser le regard d’un Blanc. Un Blanc idéaliste et intéressé de l’ère coloniale, au fond pas si mauvais bougre, qui découvre la terre africaine dont il rêve, où il espère devenir roi. Mais une terre dans laquelle les habitants ne sont encore pour lui que des nègres, “une engeance d’aristocrates en haillons”.
Ce roman d’aventure, dramatique et cocasse, s’inspire (lui aussi) d’une histoire vraie. Certaines phrases font penser à Flaubert : “On tendit autour du plateau de Kahel la plus grande souricière de l’histoire du Fouta”. Enfin et surtout, c’est un sourire souverain qui domine le récit.
A se demander si le temps ne serait pas venu, en Europe ou en Amérique, pour qu’une femme ou un Noir deviennent aujourd’hui Présidents.
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