Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Intime
Moment 7
Horace oublié mais un ciel bleu cobalt. Et, dans la fenêtre, la chevelure hirsute des grands acacias. Une tignasse ébouriffée qui scintille au soleil. Ce jour est un jour précurseur de l’été. De l’été qui approche. Un jour frais, transparent, amical. Joueur : par bouffées successives intervient le vent. Le souffle impétueux des poumons d’Eole.
C’est alors la ruée, le chahut, la danse. La mêlée lubrique d’une flore flexible. La précipitation d’une foule échevelée, sauvage, bloquée dans sa course comme au bord d’un abîme, inclinée sur le vide. Suivie aussitôt d’un recul collectif –chorégraphie affolée d’un corps de ballet végétal, faussement éperdu. A présent apaisé. Laissant place au silence. Au temps immobile.
Un oiseau passe. Le feuillage se tient coi. Rien, apparemment, n’a eu lieu. Nulle perte, nul effroi, nul remue-ménage. Demeure le contentement. A l’exception des rameaux haut perchés. Ceux-ci parés de petites feuilles ovales qui frissonnent. Parfaitement alignées. Un dessin d’enfant ou de géomètre. Ou comme les rames en suspens d’un petit vaisseau quand se reposent les rameurs. Dans l’attente d’un nouveau souffle.
Lequel à présent s’annonce, bruisse, approche, survient, s’affale. C’est alors à nouveau la houle. Et la danse recommence. Ceci dans la fenêtre pour le plaisir des yeux. Et la consolation oublieuse d’un Horace englouti.
“Pourquoi partir aux Baléares ?”
allais-je écrire pour conclure par un trait ironique Mais le mot englouti reprend couleur tragique quand j’entends la nouvelle : “Un avion de ligne est tombé dans l’océan au large du Cap Vert ”.
Il n’est pas de petits bonheurs que ne recouvre l’Ombre.
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