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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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"Le ruban au cou d'Olympia"

                                                                                                                                     Littérature

 

Michel Leiris

“Le ruban au cou d’Olympia”

Gallimard, 1981

 

            Quarante ans. Quarante ans se sont écoulés entre la parution de l’Age d’Homme (voir en août la note que je lui consacre) et celle du Ruban au cou d’Olympia. Au terme du temps qui sépare les deux livres qu’est devenu l’homme, je veux dire l’auteur ? C’est sous l’angle de cette interrogation que j’ai lu principalement Le Ruban, l’intention de l’auteur demeurant de s’élucider par le truchement de l’écriture.

            Entre mille choses, ce ruban est un objet métaphorique. Notamment la métaphore du trait noir de l’écriture qui se détache sur la blancheur de la page, ou enserre le dire entier de l’écrivain, lui donne son relief et son unité. Un dire quant à lui disparate, composé de fragments d’une page ou deux, que suscite la variété des choses de la vie. Un “dire pour dire”, ironise l’écrivain. Mais qu’il faut entendre comme un dire pour être. –Un peu comme se constitue votre blog, suggère Carla. Une remarque avisée (à condition bien sûr de ne pas la pousser trop loin). Le livre de Michel Leiris est de ceux que l’on aime avoir près de soi et qui, gouttés quotidiennement à la cuillère, nourrissent nos jours.

            L’écriture, très tenue, conduite à la première personne, toujours aussi sincère, semble s’être allégée. Paraît plus joueuse. S’est un peu affranchie des longues parenthèses, des incises secondaires, de l’impératif de tout dire sur l’objet concerné (“Je ne vois le tout de rien”, disait Montaigne). En termes de qualité d’être, l’auteur s’estime en droit présentement de s’accorder des bons points. “Bon an, mal an, j’ai progressé dans la lucidité”. “Je peux me targuer d’être maintenant plus authentiquement moi-même que je ne l’ai jamais été ”.

            L’homme pourtant n’a pu se délivrer d’un fantasme tenace qui le hante. Du moins est-ce là le constat que je crois devoir faire. Dans son imaginaire explicite, l’image de Judith a certes disparu. Et avec elle l’image d’autres femmes au couteau sanglant : Lucrèce, Dalila et d’autres. Cependant le spectre de la femme castratrice, bien que sous une forme estompée, est toujours présent. Tient même dans l’ouvrage une place de premier plan. Son nom est d’abord dans le titre. Celui-ci désigne bien l’Olympia d’Edouard Manet, le tableau bien connu, dont l’image fait l’objet, tel un leitmotiv, d’un commentaire toutes les dix pages et d’un bout à l’autre du livre.

            Olympia est cette prostituée nue, couchée sur son sofa, qui d’une main cache son sexe et vous regarde droit dans les yeux. Un personnage “froid”, juge Leiris. “Dont l’indifférence –écoutez bien ceci : apparaît plus cruelle que la passion démente de Salomé” (Salomé qui se fit offrir, comme chacun sait, la tête de J.B. sur un plat d’argent). Le revoilà le fantasme. Derrière le corps d’Olympia se dresse le spectre de Salomé. Terreur.

            Aussi n’est-ce pas le corps d’Olympia qui captive principalement l’écrivain. Ce qui l’intéresse, lui, est un détail. Un détail surajouté lequel, argumente-t-il, donne du prix au corps de la femme. Ce qui en elle en somme le polarise, c’est le ruban. Le petit objet qu’elle porte à son cou. Et cela s’appelle un fétiche.

            (Moi, en général, c’est le soulier. Et vous ?)

                                       
                                          o

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