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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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"Canada"

Littérature

Richard Ford

“Canada”

Editions de l’Olivier, 2013

 

            C’est l’histoire de deux enfants de 15 ans, un garçon et une fille, dont les parents commettent un hold-up. Le couple était attrayant, aimait ses enfants, n’aurait pas fait de mal à une mouche, mais battait de l’aile. A deux doigts de se séparer, et afin d’être en mesure de payer une dette, ils font équipe et commettent un braquage. Deux jours plus tard ils se retrouvent en prison. La fille, pour échapper au Service de la Protection de l’Enfance, prend le large. Le garçon, lui, est envoyé vers le nord, au-delà de la frontière, autrement dit au Canada, dans la province désolée du Saskatchewan. (Vous devrez vous exercer à prononcer ce nom). Sous l’œil lointain d’un homme étrange qui l’emploie dans une activité de chasse à l’oie sauvage, l’adolescent doit exercer seul son jugement et prendre seul sa vie en main.

            Dans le cadre secondaire d’une affaire mystérieuse plus ou moins policière laquelle comportera des meurtres (dont vous voudrez absolument connaître l’issue), ce roman est avant tout le récit de la maturation subjective d’un adolescent (le sexe étant exclu, ce qui en marque cruellement la limite). “Est-ce que vous savez ce que veut dire “faire sens” ?”, demandait le père. “ça veut dire, répondait aussitôt celui-ci, qu’on accepte les choses.” Ajoutant : “Si on les comprend, alors on les accepte. Si on les accepte, alors on les comprend.”. Ce qui reste bien sûr à démontrer. La question philosophique et morale sous-jacente étant de savoir si l’homme doit se plier devant la force des choses. L’auteur soulève la question mais ne la traite nullement, laissant à Dell, son jeune héros, le soin de la résoudre de façon pratique. “A toute situation nouvelle, se résigne le garçon, il convient de s’adapter.”– “Si c’est ça, avait répondu sa sœur jumelle, je refuse de grandir”. L’adolescente n’était pas du genre collabo. La philosophe radicale, c’était elle. Malheureusement, ce n’est point par le chemin de la résistance que l’on devient riche. La vie entière de la jeune fille sera une errance. Une inadaptation. Dell, pour sa part, deviendra un bon professeur bien payé qui aime ses élèves.

            Ce roman, écrit simplement, possède un ton. Dégage une petite musique. Un climat de présence commune de bon aloi de l’auteur et du lecteur. Richard Ford, en particulier, a l’art de faire parler de façon juste ses personnages. Néanmoins, la première partie de l’ouvrage (qui couvre la moitié du livre) aurait dû suffire. Tout, ou presque, était dit. Dans la partie qui suit (proprement “Canada”) l’auteur lui-même ne parvient pas à débrouiller complètement l’intrigue policière qu’il a lui-même suscitée (dans le seul but, se dit-on, d’introduire dans son récit l’excitation surérogatoire d’un suspens). Un livre donc mal ficelé, ce qui n’est pas mortel. Mais que penser, en revanche, sur le fond ? Le livre d’un sage, diraient certains ? D’un épicier, diraient d’autres ?

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