Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Cinéma
“Cosmopolis”
Film canadien de David Cronenberg
Cannes, 2012
Nous avions lu le livre, Cosmopolis, de Don DeLillo, à sa sortie en France en 2003, chez Actes Sud. Un livre culte de la littérature américaine contemporaine, sur le thème de la chute d’Icare. Ceci avant le krach boursier de 2008. Le roman relate le dernier jour d’un jeune trader de 28 ans, Eric Packer, devenu “ignoblement riche”. L’un des hommes les plus riches du monde. Un être solitaire, au “cœur gelé”, “à la prostate asymétrique”. Alors qu’il croit au bel agencement de l’ordre naturel, à l’équilibre du Marché. Il aurait dû “écouter sa prostate”, lui reproche son tueur à la fin du jour. La bonne réponse étant à chercher dans les anomalies. “Les défauts du tissage”. Packer en effet doit le reconnaître : il n’est pas parvenu à comprendre le yen. Lequel, contre toute attente, a grimpé dans la nuit. D’un coup, c’est l’empire du jeune milliardaire qui s’effondre. Là encore, dans la perte, il lui faut en faire “le plus possible”. Il se laisse tuer après une très longue discussion avec l’un de ses employés, lequel l’admire, le hait, le tue. “A cause de la place qu’il occupe sur la terre”. Ou encore : “Pour la limousine qui déplace l’air dont a besoin le Bengladesh pour respirer”.
Au matin du dernier jour, écrit Don DeLillo, “Packer ne savait pas ce qu’il voulait. Puis il le sut. Il voulait se faire couper les cheveux”. Il lui faut pour cela traverser la ville. Son garde du corps tente de l’en dissuader. New York, du fait de la visite du président, est embouteillée. Tout au long du jour (et tout au long du récit) la longue limousine blanche avance au pas, insonorisée, coupée du monde. Cercueil luxueux et blindé, équipé haute technologie. L’homme y reçoit sa femme, ses maîtresses, son médecin, ses conseillers financiers. A travers les vitres teintées s’aperçoit la rue. La foule qui vainement s’agite, tumultueuse, bariolée, dans une émeute de la fin du monde. Ce livre prémonitoire, écrit en phrases métalliques, est un véritable chant. Le chapitre contemporain d’une tragédie antique. Un livre remarquable.
Le film qu’en a tiré David Cronenberg, en revanche, nous a laissé de marbre. L’interminable discussion finale, soit le moment de vérité, nous a proprement ennuyés. Erreur de casting ? Maladresse dans la direction des acteurs ? Imperfection dans la prise de vue ? Exception faite du comédien qui interprète le rôle du garde du corps les personnages, notamment le héros principal (Robert Pattinson), manquent de l’épaisseur requise. Se révèlent en tous cas dépourvus du pouvoir de médiumnique qu’il eût fallu exercer pour faire entendre le chant. Ce film, par bonheur, ne nous a pas découragés, au contraire, de relire quelques pages du roman.
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