Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Littérature
Jack London
“Croc-Blanc” (1906)
Livre de Poche, 2002
Un livre biblique
Un ouvrage pour enfants, Croc-Blanc ? La collection “Jeunesse” du Livre de Poche le laisse supposer. En outre, j’avais tenu ce livre entre mes mains à l’âge de 11 ans. Les premières pages m’avaient rebuté. Remplies de descriptions, d’adjectifs et de mots compliqués, elles se montrent en effet ennuyeuses. Et puis, Croc-Blanc, le héros tant attendu ne paraît pas. A sa place : deux conducteurs de traîneaux, heureusement poursuivis par les loups, transportent dans un paysage de neige un cercueil. Un autre récit que celui espéré. Sauf que l’un des loups est une chienne. Et celle-ci, apprend-t-on tardivement, est la mère de Croc-Blanc.
Ce n’est qu’avec le récit de l’histoire de Croc-Blanc, depuis sa naissance jusqu’à la mort, qu’apparaît le chef d’œuvre. Une écriture forte et dépouillée. Une observation subtile du comportement animal. Et un livre sur l’éducation que tout parent ou éducateur devrait lire.

Un livre pour enfants, Croc-Blanc ? Comment oser le dire ? Croc-Blanc est un livre cruel, terrible. L’histoire de la vie d’un tueur qui accède petit à petit à l’humanité. Qui, après la soumission, apprend tardivement la tendresse, engraisse, et enfin découvre le rire.
Un livre biblique.
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Portrait de Beauty Smith
Une fois. Une seule fois dans Croc-Blanc, l’écriture de London s’abandonne au malin plaisir de la caricature. Celle d’un homme méchant. Je ne résiste pas au désir de vous le faire connaître.
“Cet homme était appelé “Beauty” par ceux du fort. Nul ne connaissait son véritable nom et, dans la région, on le désignait généralement sous celui de Beauty Smith. Il n’avait pourtant rien d’une beauté, il était au contraire particulièrement laid, et c’était par antiphrase qu’on l’avait affublé de ce sobriquet. La nature ne l’avait pas gâté. (…). Vers l’arrière le profil de sa tête descendait en ligne continue jusqu’au cou. Vers l’avant, le crâne rejoignait abruptement un front bas et large. A partir de là, comme soudain prise de remords par tant de parcimonie, la nature avait poursuivi son œuvre, avec une rare prodigalité. Les yeux étaient très grands et séparés par un espace égal à deux fois leur longueur. Son visage faisait un ensemble prodigieux qui ne déparait pas le reste de son aspect. Histoire de regagner du terrain, la nature l’avait pourvu d’une mâchoire énorme. Large et massive, elle atteignait de telles proportions qu’elle avait l’air de reposer directement sur la poitrine. Cette impression était sans doute due à la faiblesse du cou dont la fluette constitution paraissait incapable de supporter un aussi lourd fardeau. (…) Pour compléter ce tableau, il avait de grandes dents jaunâtres avec les canines plus développées que les autres et qui dépassaient comme des crocs de ses lèvres minces.
Ses yeux étaient jaunes et chassieux, comme si la nature, à court de pigments, avait dû presser ses tubes jusqu’à la lie. Ses cheveux étaient à l’avenant. Rares et mal plantés, d’un jaune sale indéfinissable, ils poussaient en désordre et lui retombaient sur le visage en touffes irrégulières semblables à des bottes de paille entassées là au hasard des coups de vent. En résumé, Beauty Smith était d’une monstrueuse laideur. Mais il n’y avait pas lieu de lui en faire reproche : il n’y pouvait rien, car c’est comme cela qu’il avait été fabriqué.”
A défaut d’en faire le dessin, j’ai trouvé cette image.
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