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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Déposition

Société

  Déposition

 

             “Un dommage, monsieur l’agent, a été causé à notre automobile (automobile avec un e). Au dire de notre compagnie d’assurances, la procédure requiert le dépôt d’une plainte auprès de vos services”.

            Le commissariat, flambant neuf, se veut accueillant. Grande est la tentation, pour goûter un moment de bonheur, de demander la grâce d’une garde à vue prolongée. En évidence, sur le dessus du bureau, un grand album cartonné. Un livre d’or peut-être ? En gros caractères, sur la couverture : “Doléances du public”. On croit rêver. Serions-nous dans le meilleur des mondes possibles ? Ou simplement dans l’espace urbain que l’on appelle “les beaux quartiers” ? Propret, chemise bleu pâle, un pistolet de gros calibre à la ceinture, le policier écoute.

            “Le constat de ce dommage, monsieur l’agent, a été fait vers 9h du matin, le jour même du 15 août. Jour anniversaire, vous le savez, de la montée au ciel de la Vierge Marie. Un dommage mineur : seulement un trou noir, à peu près circulaire, dans le panneau de la portière avant, côté conducteur. Cet orifice en lieu et place de la serrure manuelle, celle-ci ayant été crochetée. Non, monsieur l’agent, nul vandalisme à l’intérieur de l’habitacle. porte twingoDu travail propre,  le genre courtois. De surcroît silencieux. Le long du trottoir, l’auto était rangée sous nos fenêtres laissées ouvertes la nuit. Nul larcin non plus. Seulement m’absence d’une petite bourse, grosse de quelques centimes. L’effraction a été commise très exactement devant le numéro 13 de la rue St-Christophe. Lequel, vous ne l’ignorez pas, est le patron des voyageurs, des portefaix et, depuis 100 ans, des automobilistes. Non, monsieur l’agent. Ayez l’obligeance de bien vouloir rectifier : Nous ne portons nullement plainte contre quiconque. Sur l’injonction des Assurances, nous attestons seulement d’un fait. Par précaution, sans doute. Pour éviter que l’on nous change la portière, si ce n’est l’auto toute entière. Merci, monsieur l’agent, Dieu vous garde”.

Réflexion

            Sur ce fait à portée modérée (un trou laissé par l’ablation d’une serrure) intéressés sommes-nous, Carla et moi, d’observer l’intrication des rapports d’intérêt, divergents et convergents, où quatre acteurs d’inégale importance se trouvent engagés : l’assuré, l’assureur, le garagiste et la police. Chacun poursuivant un but qui lui est propre, voire opposé à celui des trois autres. Les quatre protagonistes, en termes plus généraux, s’appellent : le citoyen, la finance, l’industrie et l’Etat. L’Etat par la police cherche un coupable, l’industrie le plus gros chantier qu’il est possible, la finance le gain maximum, le simple particulier, une perte d’argent minimale. Chacun devant se défier peu ou prou des trois autres, et leur accorder néanmoins sa confiance. Tous, en somme, se tenant par la barbichette.

             Le genre de situation concrète qu’il conviendrait d’analyser dans nos écoles, en classe d’économie politique.

                  o                                  

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