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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Duplication du temps

Intime

Une duplication du temps

(Lettre à ma petite sœur)

 

          “Le camp se trouvait en Autriche, un peu au nord de Linz. Je l’avais entendu dire par notre père, à son retour de captivité. Je n’étais pas allé situer l’endroit sur la carte. Pas allé repérer précisément où s’étaient déroulées pour lui cinq années d’exil. Cette marque d’intérêt, avec soixante ans de retard, je viens de l’accomplir. Le geste est survenu sous l’effet d’un témoignage tardif, entièrement inattendu qui m’est soudain parvenu me rappelant des souvenirs.

         Un jour, un jour d’hiver, un homme était venu à la maison nous visiter. Il portait sous le bras un objet qui pouvait être une planche à dessin. C’était un portrait de notre père. Celui-ci se présentait de buste, en uniforme, le képi sur la tête. Pas un simple dessin. Mais un véritable tableau, lumineux, de bonne facture. Et pour comble tout à fait ressemblant. Quel cadeau ! Quel miraculeux cadeau pour notre famille ! Cela se passait à la fin de la sombre année 1942. Le divin messager, pour raison d’âge ou de maladie, avait été libéré de ce camp, l’Oflag XVIIA, où il était lui-même prisonnier. Il nous apportait des nouvelles. Etait prêtre, et fut nommé peu après curé de l’église de Royat, dans les hauts de Clermont-Ferrand. Ma petite sœur, quand il était assis, aimait passer sa main sur l’auréole de sa tonsure, du moins sur le gazon de ses cheveux coupés court. Maman en fit son confident et je crois bien son confesseur. Une histoire romanesque, lorsqu’on y songe.

        Or, j’apprends, un demi-siècle plus tard (le 27 mars précisément) qu’un film concernant ce camp d’officiers, l’Oflag XVIIA, allait être projeté par une chaîne de télévision. Un documentaire. Tourné clandestinement par un petit groupe de prisonniers hardis, à l’aide d’une caméra Super 8 dissimulée sous le manteau. Un exploit incroyable. Etonnamment, les commentaires de quelques survivants me rappellent et corroborent les récits que nous faisait notre père. Les tentatives d’évasions souterraines, les perquisitions dans les baraques, et particulièrement les portraits que se faisaient faire d’eux-mêmes certains détenus, se livrant à l’art de quelque camarade dessinateur ou peintre.

       J’avais un peu oublié ce portrait de notre père, qui surveillait le grand escalier de ton ancienne maison. Mais cette duplication du temps qui survient tout à coup, rétroactive, me remémore ce tableau et lui ajoute une dimension d’histoire et de merveilleux. Aussi acquiert-il à mes yeux une intensité dont je te fais part en te souhaitant, sous le signe de notre père, un bon anniversaire.”   

 Père de guy oflag 17 A 001

Groupe d'officiers français en vacances et en sabots à l'Oflag XVIIA

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