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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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"GATACA"

Littérature

 

Franck Thilliez

[GATACA]

Thriller

Fleuve Noir, 2011

 

            Êtes-vous intolérant au lactose ? Êtes–vous gaucher ? Avez-vous le don de dessiner des paysages à l’envers ? Si vous offrez ces trois symptômes groupés, et si vous êtes un homme jeune, vous êtes en droit de vous faire du souci. Comme cinq ou six personnages du polar que vous avez sous les yeux, vous êtes porteur du gène de la violence. Cet agent pathogène se trouve tapi dans un lobe de votre cerveau. Sous peu, il va se réveiller, se montrer actif. Vous inciter à massacrer avec la dernière cruauté une personne de votre entourage. Ce serait dommage. Pour elle comme pour vous.

            A moins que vous ne préfériez tirer gloire, du fond d’une horrible prison, du fait d’être porteur d’un rétrovirus glorieux, nommé GATACA, hérité en direct d’un humain de la préhistoire. Dans un glacier des Alpes, en effet, au dessus de Val-Thorens, on a découvert un spécimen intact de l’homme de Cro-Magnon. Autour de lui : les cadavres d’une famille de Néanderthaliens qu’il a éventrés. Des savants mal intentionnés ont prélevé l’ADN du tueur. Ont isolé un gène générateur de violence. Se disposent à l’utiliser pour réduire aux jeunes années la durée de la vie humaine. Comme le fait une tribu d’Indiens blancs du Brésil. “L’Evolution, théorisent les savants eugénistes, est une exception. La règle, c’est l’Extinction.

            Tel est le milieu paléogénétique au sein duquel se déroule l’enquête de deux policiers sympathiques, Sharko et Lucie, eux-mêmes un rien marginaux, et déjà les héros d’un précédent roman : “Le Syndrome [E]”. Le récit, alerte, savamment conduit, va bon train. Nous promène du 36 quai des Orfèvres au sommet des Alpes, des laboratoires de l’ENS de Lyon au fin fond du Brésil et de l’Amazonie –où il est aujourd’hui de bon ton, semble-t-il, d’achever son roman. (Voir  J.C. Rufin : “Le Parfum d’Adam”, ou Blas de Roblès : “Là où les tigres sont chez eux”).

            En même temps que divertir, Franck Thilliez aime instruire, donner matière à réfléchir à son lecteur. Il y réussit parfaitement, sauf –et ce point et de grande importance– qu’il incline à personnaliser le fait de l’évolution. A faire de l’évolution pour ainsi dire une personne. Une personne qui sait ce qu’elle fait, ce qu’elle veut, où elle va. Ce qui me semble un contresens. Victime d’un petit gène créationniste, l’auteur ?

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