Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Littérature
Laurent Binet
“HHhH”
Grasset, 2008
“Le bruit lentement se rapproche. Des camions bâchés avancent en file indienne dans le silence de la campagne. Les moteurs se taisent. C’est un cliquetis continu qui leur succède (..). Des ombres noires se répandent partout dans le village. Une voix humaine déchire la nuit. (..). Et alors ça commence.” A lire ces lignes on imagine le film. Ou les images qui composeraient une bande dessinée. Ne déprécions pas le climat de drame ainsi créé. Ce qui nous est conté par le menu, avec fidélité, et pour mémoire, est un épisode de l’horreur de la Seconde guerre mondiale.
“HHhH” : Cet acronyme imprononçable, l’intitulé du livre, allie les initiales de deux noms : Himmler et Heirich. Noms de deux des plus grands criminels de l’humanité. Et l’ouvrage, qui se lit comme un roman policier, reconstitue ce qui conduisit à l’assassinat du second, Heirich, “le bourreau de Prague”. Et ce du fait de l’intervention héroïque de deux parachutistes tchécoslovaques, ceux-ci envoyés par Londres. Le lecteur qui n’a pas lu “Les Bienveillantes”, de Jonathan Littell, ou qui n’a pas eu l’occasion de s’informer solidement de ce que fut l’atrocité nazie trouvera dans ce livre un document significatif, indispensable à connaître.
Laurent Binet, l’auteur, est un jeune agrégé de lettres ; il enseigne le français en Seine Saint-Denis. Il fait partie de ces profs, dirait-on, qui vont boire une tasse de café avec leurs élèves à la sortie des cours. De ceux qui ont l’art de raconter des histoires, et savent de ce fait enseigner l’Histoire. Sans toutefois dissimuler les difficultés qui surgissent lorsqu’il s’agit d’établir la réalité des faits.
Le récit d’un fait historique, outre un travail rigoureux de documentation, fait appel à l’imagination comme à l’art de la mise en scène. L’historien, pour ne pas abuser son lecteur, doit concilier l’art et la science. A cette tâche notre auteur excelle. Son livre est probe. Distingue avec soin la scène imaginée et le fait certain. Nous fait part en passant des écueils que rencontre l’écriture. Ce roman n’est donc pas seulement la reconstitution d’un fait. Il est également le roman d’un roman en train de s’écrire. Un “work in progress”dans lequel le lecteur intéressé par la création, notamment le métissage des genres littéraires, trouvera lui même son compte.
Laurent Binet est un homme du verbe. Il ne cherche par à bien écrire ; Il cherche à bien nous parler. De son écriture se dégage un ton. Un ton libre, amical, personnel, attachant. Cela s’appelle un style.
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