Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

Publicité

"Le Règlement"

Littérature

 

Heather Lewis

“Le Règlement”

P.O.L., 2010

 

            Lee, la lycéenne, a 15 ans. On lui en donne 17. Elle est virée du pensionnat. Pas question de rentrer vivre auprès de ses parents. Son père abuse d’elle. Elle regagne le Sud. Le milieu des concours hippiques. Elle y a une amie d’enfance. On veut bien d’elle. Elle aime les chevaux. Excelle dans le saut d’obstacle. Connaît, ce faisant, des instants de bonheur fugace. On l’héberge. On la fait concourir. On l’exploite. On s’assure de son attachement par le truchement du silence, du sexe et de la drogue. (On drogue bien les chevaux). D’un lieu à l’autre durant l’été la tournée est triomphale. Les relations cependant sont tendues. Equivoques, sordides, violentes. Une saison en enfer.

            Excepté les chevaux, le tracé des parcours, les obstacles à franchir, le monde extérieur n’existe pas ou peu. Nous est montré ce que voit la jeune fille. Nous sommes dans ses pensées, ses hantises, ses pulsions, ses désirs refoulés. Son monde se constitue de brume, de clartés fugitives, d’une succession de gestes concrets. Le langage, étouffé par l’affect (ou l’absence d’affect) est formé de mots brefs, allusifs, d’indications seulement suggérées. Le langage à demi-mot de l’adolescence.

            Nous lisons de ce fait une langue impolie. Non soucieuse de conformité, et comme indifférente à la présence attentive du lecteur. Une langue avec laquelle pourtant la romancière américaine parvient à nous offrir, ô miracle, mieux qu’un document : une œuvre. Une œuvre originale marquée du sceau de l’authenticité. Pas un mot d’idéologie. Seulement la vibration d’un être adolescent pris dans les rets d’une entreprise sportive et commerciale à moralité douteuse. Un roman largement autobiographique, murmure-t-on, dont l’écriture aurait inspiré l’écrivaine Virginie Despentes.

            Heather Lewis (Dieu ait son âme) s’est donnée la mort en 2004. Nous déposons sur sa tombe l’image de ce cheval noir.

 

cheval-noir1.jpg

 

 o

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article