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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Le rire

Philosophie

  Le rire

 

            Ô vous tous, petits et grands qui fréquentez les écrans. Qui recevez tant d’images espiègles, ricanantes ou burlesques, qui inclinent à ne pas prendre la vie au sérieux, je vais vous surprendre, peut-être vous rassurer : Il n’est pas de rire bête. Il n’est pas non plus, quoi que le dise la langue, de rire méchant. Ou alors il s’agit d’un rire faux. D’un rictus, d’une grimace, d’un rire jaune, ou sardonique. Tenant lieu de masque chez un sujet qui, précisément, ne rit pas. Mais se replie ou agresse. Le rire, le vrai, est toujours une ouverture. Le signe sonore d’un trait d’union. D’un lien fraternel, fût-il instantané, qui s’établit entre humains. Le rire est d’essence communautaire.

            Il ne présente pas toujours pour autant une égale qualité. Il y a le gros rire. Le gras, le grossier, le trivial, le vulgaire, l’énorme, le tonitruant. Un type de rire très prisé à notre époque dans les médias. Car, en somme, n’est-ce pas, “faut rigoler”. Faire des gorges chaudes en se tapant sur les cuisses. A ne pas confondre avec le rire à gorge déployée, dont la teneur est plus franche. Il y a bien sûr aussi le rire sous cape, le rire en coulisse, ou celui que l’on retient dans la touffe de sa barbe. Ce sont là des rires mineurs à valeur culturelle faible. Surtout comparés au rire à se décrocher la mâchoire, ou au rire qui va jusqu’aux larmes. Lesquels impliquent le déploiement d’une large ouverture.

            Ainsi doit-on le reconnaître : il y a rire et rire. Et cependant, tous ces rires, à des degrés divers, constituent ce que l’on nomme à juste raison : un propre de l’homme. De qui, de quoi rient les hommes ? D’eux-mêmes. D’eux-mêmes, entre eux, aperçus dans l’autre. Et pas seulement de la consolation de se sentir frères dans le partage d’une semblable émotion. Mais éminemment de la prise de conscience fugace qu’ils sont plus qu’eux-mêmes. Qu’ils surplombent, en riant, leur condition de vivants. Et de vivants voués à la mort. Le rire est toujours un peu celui de Zarathoustra. Un surgissement de l’esprit. Un acte métaphysique. Le triomphe éphémère des damnés de la terre, non dupes des leurres de leur propre destin. “Si je devais mourir, songeait le Cardinal de Bernis, et si j’avais à choisir entre le ciel ou l’enfer, je choisirais le ciel pour son climat, et l’enfer pour sa fréquentation.” Riez-vous ? Un tel mot, en effet, justifie une vie. On le raconte encore. Il m’inspira ces strophes.

 

Groucho Marx 

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