Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Littérature
Jean Rolin
“Ormuz”
P.O.L., 2013
“Ormuz”. Oubliez ce mot, sa poésie pure composée d’or, de sable et d’azur. Oubliez également l’image. Celle qui accompagne la présentation de l’ouvrage dans un grand magazine. Une image bleue, coupée par le triangle noir du tragique. N’imaginez pas, en ouvrant ce livre, que vous allez entrer en poésie. Ou dans la rigueur épurée de la tragédie. Ni même, puisque l’on vous invite au bord de la mer, que vous allez entendre le murmure successif de phrases littéraires au pouvoir magique. De telles phrases, j’en ai certes aperçu de très belles entre la page 192 et 206, vers la fin de l’ouvrage, et je les ai notées. Mais Jean Rolin, l’auteur, n’entend pas vous charmer. Il se refuse à travestir le réel pour en faire un paysage. Se refuse même à écrire un roman. Le mot roman, vous l’avez remarqué, ne paraît pas sous le titre. Ainsi l’appellation “Wax” est le nom improbable d’un héros improbable d’une histoire improbable auxquels ni l’auteur ni le lecteur ne croient, cela va de soi. Entre eux, est tacitement convenu qu’une intrigue purement fictive servira de ressort et de fil conducteur à tout autre chose. Au récit d’une exploration réalisée en une région névralgique du corps de ce monde. Ici, entre les deux rives du détroit d’Ormuz, l’arabe et la persane.
Les premières pages, il est vrai, se présentent comme le commencement d’un véritable roman policier. Le fameux Wax, à l’existence évanescente, a disparu. Mais là, Jean Rolin s’amuse et nous amuse. Car ce qui l’intéresse véritablement est de décrire l’actualité d’une région géographique, l’humour et l’ironie tenant lieu de seul commentaire. La mise en scène mise à part, “Ormuz” est un grand reportage tel qu’on le pourrait trouver dans un supplément du Monde réservé aux questions de géopolitique. Un reportage dont l’intérêt qu’il présente n’est pas en cause. Mais auquel on pourrait adresser toutefois deux reproches. Le premier, d’avoir oublié de joindre une carte à son récit, afin d’aider le lecteur à suivre l’itinéraire de l’enquête. Le second est plus grave. Il est d’avoir échappé, sans doute, au contrôle littéraire de sa rédaction. Jean Rolin, auteur confirmé qui connaît son métier, vraisemblablement ne se relit pas. Ses doigts courent sur le clavier, les prépositions s’agglutinent moyennant force virgules et pronoms relatifs, et cela donne trop souvent des phrases longues, alambiquées, de 17 à 20 lignes, pénibles à lire, et c’est bien dommage. Un jugement au demeurant subjectif puisque Nathalie Crom, dans Télérama, découvre, elle : “Un phrasé stupéfiant, singulier, plus souverain que jamais”. Donc, qu’on se rassure. Jean Rolin a encore de longues phrases devant lui.
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