Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Société
Le baiser de la mort
C'est le génie de Sophocle, ou mieux la verve de Shakespeare qu'il faudrait avoir pour décrire ce qui est survenu au Royaume de France : la réception à la cour d'un grand chef bédouin venu de Lybie, suivi des siens. Un tyran ambitieux, rusé fantasque et voyou. Dans les jardins de l'Hôtel Marigny, à deux pas du Louvre, il a planté ses tentes, déployé ses tapis, installé sa suite. En forme de couronne plate, un bonnet lui enserre le front ; sous sa gandoura on ne sait s'il est nu. l'homme fut beau, il a 65 ans, se tient droit et s'amuse. Le monde pour lui est un théâtre. Il visitera Versailles et fera une partie de chasse à Rambouillet.
La population est aux fenêtres. Se souvient du règne de Louis XIV. De la visite au XVIIème siècle de l'ambassadeur du Grand Turc. De la pièce de Molière "Le Bourgeois Gentilhomme". Sauf que le Mamamouchi, cette fois, se montre lucratif. Gratifie son hôte Nicolas Un, en signant un contrat commercial de 10 Milliards d'euros.
Une question d'éthique internationale se pose au pays.
Une voix s'est élevée dans le ciel de France, claire et pure. La voix d'une Antigone devant Créon. Une voix qui ose. Qui contredit le roi, désavoue sa décision de recevoir en son royaume le Grand Bédouin. On ne fait pas l'honneur de sa maison à un despote malfaisant et cynique. L'hôte officiel de la France, en effet, enfreint chez lui les lois élémentaires de l'hospitalité. Condamne injustement des innocents venus de l'étranger pour le servir. Les garde au fond de ses geôles des années entières. Tolère qu'on les maltraite. Les vend comme de la marchandise en échange d'une fortune. (L'équivalent de ce qu'il a dû verser pour l'explosion terroriste d'un avion de ligne de la compagnie U.T.A.). Pas davantage -cette fois du côté français, l'on ne reçoit comme un prince un voleur d'otages, après lui avoir payé la rançon. Cela ne se faisait pas, même aux temps barbaresques.
La voix qui s'élève pour le dire est celle d'un ministre du roi. Et ce ministre est une jeune femme couleur ébène, jolie comme un coeur. Et sa voix dans notre vieux pays, prend des accents antiques et nouveaux : "Notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'esuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir le baiser de la mort."
Notre héroïne, Rama Yade-Zimet, musulmane, a 31 ans. Elle est mariée au fils d'un chanteur yiddish, Ben Zimet. Fille de parents enseignants, sénégalais, elle a fait Sciences-Po Pari. Nicolas Un, qui lui a dit deux mots, l'a maintenue dans ses fonctions de Secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme. Commentaires de la belle héroïne : "On ne déserte pas en rase campagne".
Il y a quelque chose de nouveau au royaume de France.
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