Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

Publicité

La valise à roulettes.

                                                                                                                                                     Société

                          La  valise à roulettes.

      Le temps des lourds bagages que l'on porte à la main n'est plus. Le corps soufflait, peinait, ployait, on se trouvait au Moyen-Âge. Plus intelligent, le sac à dos, naguère appelé tyrolien vous obligeait néanmoins à présenter le profil exotique d'un dromadaire libyen. Il est devenu aujourd'hui complètement archaïque. Enfin, tout récemment, le sac-boudin polymorphe, avec lequel il était très tendance de se compliquer la vie est définitivement tenu pour ridicule et parfaitement désuet.
      Le nomade contemporain a découvert la roue.
      Il est allé, faut-il dire, à l'université. Du moins pendant presqu'un an. Un temps suffisant pour qu'il s'estime délivré de la vie matérielle, voire des lois de la pesanteur. Il y a quelque chose de prolétarien, pense-t-il, à porter à la main ou sur son dos quelque chose. Cela est juste bon pour le portefaix. Le voyageur contemporain est un intellectuel en puissance. Il ne porte pas. Il traîne. Mieux : il entraîne. Il attire dans son sillage, à distance respectueuse : une valise à roulettes.
     Ce que l'on perçoit d'elle, pour commencer, c'est son bruit. Elle s'annonce dans votre dos, d'abord comme une rumeur lointaine. Celle-ci s'enfle, se précise. prend le caractère concret que produit la rotation sonore d'un saladier de ménagère en bakélite. Puis devient le raclement secoué d'une crécelle inlassable.
      C'est alors que la personne pressée qui revient de voyage vous dépasse,  suivie quelque temps après de son petit corbillard noir lequel, dirait-on, ne la rejoindra jamais. A peine avez-vous eu le temps de protéger vos pieds, et de serrer contre votre flanc vos petits enfants blonds. Car il y a quelque chose d'impératif et de péremptoire dans le surgissement de ce type d'attelage. Quelque chose qui laisse entendre : "Ecarte-toi manant ; hors de mon chemin !"
      Le bruit du bagage à roulettes n'est pas seulement l'équivalent du bruit que fait la femme coquette pour attirer l'attention sur elle. La valise à roulettes est avant tout l'affirmation de la souveraineté du sujet humain parvenu aujourd'hui, croit-il, à l'autonomie. Un sujet qui, ostensiblement, affiche n'avoir besoin de personne. Allez comme autrefois lui demander (si le passant est une fille agréable) "Puis-je vous aider ? !"
       Malheureusement, les attelages qui vous doublent ne sont pas toujours constitués d'une pouliche élégante tirant son tilbury.  Certains en m'observant doivent avoir l'image d'un percheron traînant la charrue. Voire celle d'un tracteur Benson tractant la benne à betteraves. Dans les trois cas, raisonnez-vous, en proférant par exemple, à voix modérée : Valise à roulettes !
       Non sans chérir l'idée que celui qui incarne à vos yeux le grand chic reste le voyageur sans bagage. 
                                            o

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
J'ai lu ce texte, puis je suis allé faire la sieste (Youpi ! C'est samedi). J'ai fait un rêve. Je cours sur un quai pour attraper un train. Puis les interminables couloirs du métro avec leur terrible cortège d'escalators et la foule qui m'entraine. Surtout ne pas louper la correspondance : arriver à la maison une heure plus tôt, c'est toujours ça de gagné...<br /> Le train arrive à Lyon. Sur mon épaule, la sacoche avec mon micro ordinateur. A l'autre main la valise dans laquelle se trouve le démonstrateur d'explosion (12 kg). Puis ma valise à roulette, qui me suit comme un chien fidèle et dans laquelle se trouve mon linge sale et ma trousse de toilette. Son ronflement m'énerve, mais il n'y a rien à faire : c'est comme les humains qui ronflent la nuit. <br /> Je n'ai pas l'impression d'être dans un rêve, tant cette séquence m'est familière. <br /> Peu avant l'escalier qui mène au parking souterrain, il y a un petit homme aux cheveux blancs. Il est vétu d'un pull chaud, d'une écharpe et d'un pantalon en velours. Il tient une pipe à la main. Il rigole, comme s'il se moquait un peu de moi, il ouvre les bras pour m'embrasser en disant, toujours en riant : "Bonjour, cher !"<br /> Je me réveille, à regret : ce rêve si mal commencé s'est terminé sur une si belle note, empreinte de tendresse et d'amitié...
Répondre