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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Visite à Sylvaine

                                                                              Société
Visite à Sylvaine
  

            Sylvaine est une belle femme. Non belle selon le critère de la mode. La mode pipole qui s’affiche dans les magazines du salon. Sur la console, ceux-ci sont disposés en vrac. A portée de main. L’occasion est unique. Je tourne les pages.

            La silhouette de Sylve –ainsi l’appellent ses employées, n’a rien de filiforme. Sa chevelure chahute et rebique. Sylvaine s’en moque. Ses seins, que j’imagine foudroyants, dédaignent de montrer leur naissance. La beauté est pudique. Aucune bimbeloterie ne tintinnabule autour de ses poignets, ni ne pend au lobe de l’oreille. L’arrondi de son épaule ne laisse pas apercevoir, non plus, le tatouage obligé d’un serpent vert.

            Sa peau de blonde aux yeux noirs accroche magiquement la lumière. Elle doit être très douce. Ce qui captive pourtant chez Sylvaine, captive au plus haut point, n’est pas la grâce, la nonchalance. C’est le grand naturel sans pose avec lequel elle se déplace. La façon déliée dont elle va, vient, s’assied, s’empare des ciseaux, allonge une jambe, lève un bras prestement, saisit entre deux doigts une mèche rebelle, vous coiffe.

            Se faire coiffer chez Sylvaine est bonheur. Bonheur de voir bouger, dans le grand miroir qui fait face, le corps animal d’une femme de trente ans. En paix avec elle-même, attentive à sa tâche, sans songer à séduire. La bonne santé qu’elle respire se diffuse, envahit le salon. Remplit d’aise ses clientes. L’une d’elles –une amie ? suggère de passer elle-même le balai manuel, “Etant donné le monde...”. Et la voilà qui rassemble, comme elle le ferait  chez elle, la masse de cheveux de couleur incertaine qui moutonne sur le sol. Ce qui m’oblige –moi qui jamais ne touche un tournevis, à proposer mes services. Des fois qu'une grosse réparation s’avérait urgente en un coin quelconque de l’établissement. Il convient, n'est-il pas,  de rester dans la note.

            Sylvaine cependant parle fort. Elle est la patronne. Elle ne supporte pas, observe-t-elle (en secouant la robe noiree de magistrat qui me donnait un air de dignité), de demeurer à ne rien faire. De rester un instant inactive. Je ne l’imagine pas, en effet, le matin dans un lit à méditer longuement les affaires du monde. Ou à disserter sur l’expression du sentiment esthétique dans l’œuvre de Proust (comme nous le faisions ce matin avec Carla). Je ne la vois pas davantage se pencher périodiquement sur mon blog pour se divertir en passant. Sylvaine est action. Danse perpétuelle avec les choses. Agir est sa culture. Laquelle, me dis-je, vaut bien la mienne. Non ? Un abîme de pensée s’ouvre devant moi : je le franchit en aveugle, m’avance vers la caisse et  tend un billet. Mon nom paraît sur un écran. -“Je vous fais une carte de fidélité ?” Je sursaute. “Non, Sylvaine. Je ne suis pas fidèle. Mais, promis : de temps en temps je reviendrai vous voir. Et vous confier ma tête”.
                                                                             o

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