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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Socrate et Jésus

                                                                                              Religion

Socrate et Jésus

 

            Socrate : C’est le timbre, c’est le grain de sa voix qu’il faudrait entendre. Le rythme, au creux de sa voix, qu’accentuent les consonnes. La densité de présence corporelle que livre son souffle. C’est cela qu’il nous faudrait percevoir pour comprendre la fascination qu’exerçait Socrate sur son auditeur, son auditoire. Cet homme, réputé laid, était un virtuose du discours. Un magicien du langage. Irrésistiblement, ceux qui l’écoutaient succombaient à son charme. On n’explique pas autrement la patience dont fait preuve la magistrature athénienne venue pour le juger en présence du peuple. Et, vraisemblablement, le condamner à mort.

            Certains citoyens, pour se dégager du charme, croient malin de mener grand tapage. A lire le récit de Platon qui écrit l’Apologie de Socrate, on comprend leurs protestations. Sûrement, me dis-je, aurait-je été de ceux qui mènent le chahut. Car longtemps avant d’en venir au fait -à l’argument ferme de sa défense, le vieil homme (il a 70 ans) se livre à un jeu assez peu sympathique. D’un air narquois, il joue dirait-on de la seule sonorité de sa voix, comme on joue du violon. Il apparaît rusé, ironique, insolent, manipulateur, énonce longuement peu de choses. En fait bavarde beaucoup, imbu, sous une feinte modestie, du pouvoir de son verbe.

            Il est accusé de pervertir les jeunes gens. Non pas pour ce que vous croyez. Mais pour jeter le doute dans leur esprit sur l’existence des dieux. En fait semble-t-il un prétexte. Et un procès d’époque. (Vous y croyez, vous, aux dieux grecs ?) Socrate n’y croyait pas. Cela crève les yeux. Il les prenait pour ce qu’ils sont : des mythes. Il va pourtant démontrer qu’il est le plus religieux des hommes. Il croit, dit-il, en son génie, son petit dieu interne. Le discours d’un sophiste. La question  à mes yeux est celle-ci :Qu’y avait-il entre lui et Athènes ?

            Depuis des années, sur l’agora, la place du marché, dans les rues, il abordait quiconque passait à sa portée, arguait de son “non-savoir” pour démonter chez l’interlocuteur de bonne volonté, ses fragiles certitudes. La chose plaisait aux jeunes gens. Mais cet initiateur de génie, militant de la vérité, dynamiteur des idées fausses, “s’attachait au corps de la cité (il le dit lui-même) comme un taon à la croupe d’un cheval.” Socrate, je crois, s’était rendu insupportable aux citadins d’Athènes. Comme le sera Jésus, quatre siècles plus tard, à ceux de Jérusalem. Comment disait, dans les années 70, la chanson de Guy Béart ? « Cet homme dit toujours la vérité. Il nous faut l’exécuter. »

            Je suis frappé (comme des milliers de lecteurs avant moi) par l’analogie d’existence entre Socrate et Jésus. D’abord, ici et là, des ressemblances de vocabulaire. Des paroles prononcées par l’un qui pourraient, se dit-on, être prononcées par l’autre.

                        « La vérité, je vous l’ai dite. ». « Moi, je dis la vérité. »

                        « J’ai joué le rôle d’un père, d’un frère plus âgé. »

                        « Ce n’est pas de la richesse que vient la vertu. »

                        « Le témoin qui atteste que je dis vrai, c’est ma pauvreté. » etc.

            L’un et l’autre sont des hommes du verbe. Mais Jésus, lui, n’est point bavard. Ni dialecticien. Sa pédagogie en revanche présente un aspect socratique. Typique : sa réponse à la question des Pharisiens : Faut-il payer l’impôt à César ? Sous ses yeux, une pièce de monnaie. Jésus : De qui est cette effigie ?De César.Rendez à César ce qui est à César… (Mt 22,24). L’un et l’autre s’inscrivent dans une tradition religieuse qui leur semble archaïque, et qu’il leur faut dépasser. Se disent appelés et guidés dès l’enfance par une divinité. Pour l’accomplissement d’une mission. Celle-ci faite de justice et de vérité. A l’écart de la vie économique et politique. Et ce, au prix de la pauvreté, et finalement d’une mise à mort consentie, un tantinet suicidaire. L’un et l’autre condamnés, en somme, pour offense à la religion du temps.

            Tout se passe, pense-t-on (mais l’historiographie ne l’établit pas) comme si la vocation de Jésus s’était inspirée fortement de celle de Socrate.

            La pensée judéo-chrétienne se coulera dans la pensée grecque et le monde romain. Cela donnera l’Eglise catholique. Plus tard la Révolution. Le terreau, en somme, de la culture occidentale.

                                          o                                                          
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