Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Société
Ploum et l’énigme du trottoir
Ploum ce matin paraît satisfait. Sur les trottoirs de la ville les crottes de chien se font plus rares. Cette observation, si elle se vérifie, est un réconfort pour l’esprit. “Le sens civique enfin s’affine”. Ragaillardi par cette pensée, Ploum allonge le pas, tout aussitôt s’arrête, se fige. A ses pieds : des taches. Pas des taches de sang : elles seraient brunes ou écarlates. Mais des cercles blanchâtres, à peine teintés de couleur terne. “Un peintre négligent, imagine Ploum, a laissé égoutté son pinceau”. Rasséréné, il reprend sa marche. “Ce peintre, tout de même, est allé bien loin”, s’étonne Ploum. Sur toute la longueur de la rue, en effet, ces taches d’aspect spermatiques parsèment le trottoir. Sans compter l’irréalisme d’un fantasme grossier, l’hypothèse du peintre et de son pinceau s’effondre. Sûrement s’agit-il d’autre chose. Le même fait, au demeurant, s’observe-t-il ailleurs ? Ploum veut en avoir le cœur net. Nez à terre, il parcourt la ville.
Le résultat de sa filature le consterne. Tous les trottoirs de l’agglomération présentent le même symptôme. Sont maculés de vilaines taches glauques. “Une maladie urbaine cutanée, diagnostique Ploum. A moins que… à moins qu’il faille y voir, positivement, une intention ludique. Une volonté décorative post-moderne des Ponts, ou de l’Equipement ? Pareille facétie (de leur part) paraît peu vraisemblable. Ploum est devant une énigme. Le désir de la déchiffrer le tenaille. Auprès de qui trouver la clef ?
Il interroge son entourage. Celui-ci, bienveillant, médiocrement intéressé ouvre de grands yeux : “Des taches sur le trottoir ? En êtes-vous certain Ploum ? Non, Personne, ici, n’a observé ce fait”.
Ploum sombre dans le désespoir. Doute de lui-même. Consulte un psy. Lui parle d’hallucination. De la persistance d’une tache originelle. Evoque un pantalon de pyjama du temps de son enfance. Un long regard de sa maman, et d’autres choses encore. Rien n’y fait. Ploum demeure la proie de son obsession.
Il a fallu ce dîner donné un soir par son ami Joseph-Marc. Et l’intervention d’une jeune personne aux jolies épaules pour que le doigt, enfin, soit mis sur la chose. “Mais, Ploum, s’exclame Virginie, la chose est simple. Il s’agit bonnement de chewing-gum. De boules de chewing-gum que piétinent les passants !” Qui l’eût cru ? Chewing-gum est ainsi le mot. Le mot de l’énigme, la clé du mystère. L’effet est immédiat. Miraculeux. Cette fille est une chamane. Ploum, de sa névrose, se sent délivré sur le champ.
Sa clairvoyance géopolitique, elle-même, s’en trouve ravivée. “Ainsi, est-ce Dieu possible ? des produits d’Outre–Altantique contaminent la ville, la polluent. Jusqu’à surgir, de partout, sous chacun de nos pas ! En va-t-il ainsi en Suède, au Liechtenstein, au Japon ? ”
Rentré chez lui, assis dans sa cuisine, Ploum s’en afflige. Puis se console en se versant, pour étancher sa soif, une rasade mousseuse de Coca-cola.

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