Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Intime
Changement d’adresse
Ma tanière à St-Just n’était plus habitable. Les araignées y faisaient leur nid. Du toit tombait la pluie sur mes coussins. Sur les Ecrits de Lacan. Et puis par chance le propriétaire voulait vendre. J’étais jeté à la rue. J’aimais user de cette image pathétique. Promptement, il me fallait porter mes pénates ailleurs. Abandonner la moitié de mes objets. Brader tous mes livres. Ce dépouillement me plaisait assez. Juste un brin de nostalgie.. “Philosopher c’est apprendre à mourir”.
C’est fait. J’habite une petite case dans un immeuble bourgeois. Bien tenu. Par les fenêtres coulissantes on aperçoit le parc. Me voici condamné au marbre, au digicode, à l’ascenseur, au tennis, au gardien ombrageux, à l’inscription hostile : “Propriété privée”. Je bénéficie de surcroît de la place de parking n° 55. Tout cela s’accorde mal avec un idéal de pauvreté. Mais l’occasion, n’est-il pas, fait le larron. J’ai craqué.
Il fallait faire vite. Les femmes ont été admirables. M’ont épaté. Joëlla, experte, en quatre jours me refilait quatre adresses, concentrées dans la zone visée. La quatrième fut la bonne. Carla fut infatigable. Nicolleta ardente. (Les hommes, eux, étaient aux champs, aux affaires, ou soignaient leur dos).
Juchée sur la colline, Les Terrasses de Lyon se voient de loin. Du cœur de la ville. Après avoir existé à Fourvière, puis Saint-Just, me voici à St-Irénée. Voué aux collines. Finirais-je dans le flanc de celle qui travaille ? Dans cette attente, ma cellule me plaît. Grands tapis. Bureau sobre. Grand lit à même le sol. Fauteuils en rotin. Masque nègre. Une psyché. Je goûterai je crois la liberté de ma prison.
Juillet 2008

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