Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Société
Sac à dos
Nos écoliers, jadis, transbahutaient leur sac à bout de bras. Leurs jeunes mains attrapaient des ampoules. En carton bouilli ou en cuir de vache, leur sac s’appelait un cartable (du latin vulgaire, cartabulum : boîte à papier). Le cartable, on s’en doute, ne contenait pas seulement des livres. On y trouvait en plus un matériel d’écriture, pour la production. Un petit Beurre Lu pour le casse-croûte. Enfin un petit objet, généralement interdit, pour la consolation. –ou pour la restauration occulte, auprès de ses pairs, d’un prestige défaillant. C’était un scoubidou, une poupée de chiffon, une minuscule voiture de pompier.
Le transport de ce lourd attirail donnait au porteur une démarche hésitante. Il battait l’amble. Présentait une silhouette incurvée ou tordue. Changeait de main à tout bout de champ. Et par moment posait son chargement entre ses jambes, pour souffler.
En ce temps là, l’enfant qui se rendait à l’école se rendait au travail. Il ressemblait à un travailleur. Au plombier encombré par sa caisse à outils. Ou, dans le beaux quartiers, au clerc de notaire dont la serviette, en peau de veau, battait le genou.
Les temps ont changé. Nos collégiens aujourd’hui ressemblent à de petits soldats. A des guerriers qui montent en ligne. Ou qui s’apprêtent à partir en patrouille. Le havresac a remplacé le cartable. Le havresac, dit le Robert, “contient l’équipement du fantassin ; il se porte sur le dos à l’aide bretelles”. Il laisse les mains libres. L’enfant peut tripoter son MP3 ou son GPS. Connaître ainsi sa position. Et, sac au dos, en avant petit gars, le combat sera rude.
D’origine allemande, le mot havresac est passé en France peut-être lors des campagnes de Napoléon. La chose, elle, nous est revenue via l’Angleterre et Baden-Powell, des Etats-Unis. Chez nous, le rucksack du G.I. se prononce sac à dos. Sous la plume des élèves, témoignent les professeurs, l’orthographe varie. On trouve “sacado”. Quelquefois “sakhado”. On a même vu écrit, dans les classes terminales, “sac-ado”. Qu’importe l’écriture pourvu qu’on ait la chose.
L’écusson qui l’orne confère son chic au sac. Le blason est à choisir avec discernement. L’enfant de l’universitaire affilié au P.S., par exemple, évitera d’endosser le logo d’Eastpack. Eastpack, sur le marché, est la firme américaine dominante. Sa maman, en revanche, se laissera tenter, si elle veut faire jeune, par la petite besace de chez Longchamp
Dieu, qu’il est doux de jouer les petits soldats, lorsque la guerre est lointaine. A moins qu’à ce signe on ne sache qu’elle a commencé.
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