Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Par Le marquis de St-just
Intime
Où avais-je donc la tête ?
Non, on ne m’a pas coupé la tête. Je n’en ai pas du moins gardé le souvenir. Pourtant, dans mon rêve, elle se trouve posée devant moi, sur un genou. D’une main je la tiens par la nuque, et la présente de profil. De l’autre, avec mille précautions, je lui rase la joue, muni d’un petit rasoir électrique portatif. Le procédé s’avère amusant et pratique. Vous ôtez votre tête, la déposez sur le genou, lui tondez amicalement le poil. Que n’y ai-je pensé plus tôt ? A ce moment, Carla entre dans la pièce. Je lui fais observer la chose. Fin du rêve.
Deux questions s’imposent à mon réveil. La première d’ordre logique. Avec quels yeux observais-je ma tête ? Posée sur un genou, n’était-elle pas l’objet observé ? Observé par quel regard ? Seule réponse disponible : le regard de l’âme. Aurais-je bénéficié, en songe, d’une révélation métaphysique ? D’une preuve expérimentale de l’existence de l’âme, substance spirituelle, dissociable du corps ? Cherchez l’erreur.
Plus psychanalytique, l’autre question s’apparente à la première. Le Surmoi –pour une fois bon enfant- a-t-il voulu me faire savoir que j’ai perdu la tête ? Que je n’en ai nullement conscience. Qu’en conséquence je prends la vie comme l’on joue. Ce qui m’évite de me raser comme font les autres ? Ce qui dénoterait assurément un grand manque de sérieux.
Sur la conduite de ma vie, il me faudra jeter un œil.
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