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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Être ou ne pas être radin ?

                                                                                                                                  Ploum

 

Être ou ne pas être radin ?

 

            Chez James, son coiffeur, Ploum apprend La Nouvelle. Là, sous ses yeux, l’article du Journal : “Être radin, désormais, c’est tendance”. Radin. Ploum est sensible à la sonorité des syllabes. Il répète le mot. Le vocable, trouve-t-il, a du charme. Il s’apparente, à l’écoute, au joli mot français jardin : un mot tranquille, rempli de fleurs, de potirons et de poésie. La syllabe din évoque en outre un être gentil, doux, légèrement taquin. Badin, par exemple, blondin, ou encore baladin. Et même muscadin. Ploum, dans une bouffée de bonheur, s’imagine utilisant à son profit ce mouvement de la mode. Susurrant à Olga, en se versant un doigt de Porto, “Savez-vous Olga, que je suis radin ?” Ce trait, de nos jours, produirait son petit effet, non ?

            Les choses pourtant se gâtent lorsque Ploum laisse venir à lui d’autres mots. Ceux-là d’origine rurale. Il songe à boudin, et fait la moue. Lui préfère rondin, moins charcutier. Mais survient gourdin. Et sur ses talons, l’infréquentable gredin. Le moral de Ploum est en berne. D’autant qu’il se montre à présent attentif à une autre syllabe. La première qui compose le vocable radin. Rad. Ou Rade. Un horrible phonème. Qui rappelle à Ploum, désagréablement, la marée basse. La vase noire et gluante. Le cri des mouettes. La corne de brume. Les vieux navires échoués, rouillés, inclinés sur le flanc.

            Se faufile alors, dans l’esprit de Ploum, une pensée anxieuse, liée peut-être à un souvenir. La pensée de rester en rade. Ou, moins tragiquement, de se radiner quelque part, sans y être invité (notamment chez Olga). Ce fantasme lui comprime le cœur. Fait monter à son front le rouge de la honte. Radicalement, aux yeux de Ploum, le mot radin a perdu son aura. A tout prendre, se dit-il, autant être pingre !

            Ploum se réveille : “Soyons sérieux. Être ou ne pas être radin –c’est bien là la question- ne saurait relever d’une inclination linguistique. Surtout quand notre beau pays, qui fut grand, sombre jour après jour dans la pauvreté.” Nos villes vont devenir grises. Nous allons marcher à pied, et peut-être en galoches. (Olga, elle, va circuler en trottinette). Nous devrons, comme de petits comptables, compter nos sous. Être radin témoignera d’une conduite exemplaire. D’une position éthique devant la vie. Chacun, dans sa campagne, sur sa pelouse, sur son étroit balcon, devra cultiver son jardin.

            Un Président alors se lèvera. Regardera à la télé notre pays au fond des yeux. Profèrera les mots qui galvanisent : “Chers compatriotes, commencera-t-il, Radinage et jardinage sont les deux mamelles de la France”.

            Ploum en est là de ses réflexions lorsque James, preste et souriant, s’enquiert : “A nous deux, Monsieur Ploum ?”   Ploum : “Combien, la coupe ?”
                                          o

                                                                                                                         

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