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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Rentrée littéraire

                                                                                                                                    Ploum 

                                           Rentrée littéraire

                                                     o

            Ploum dîne ce soir chez Olga. Le repas, frugal, a été médité. Il s’agit d’offrir aux invités une nourriture authentique. Débarrassée de toute matière grasse inutile. On ne peut plus servir aux gens du canard à l’orange, un gras pot-au-feu, un ragoût encore moins. C’est une question éthique. Les produits sont biologiques, proviennent d’échoppes d’économie solidaire.

            Dix gouttes d’extrait de pépins de pamplemousse (agitées dans un demi verre d’eau) constituent l’apéritif. L’entrée : une tranche de jambon dégraissé originaire du Piémont. Plat de résistance (apprécier le mot) : un lot d’hélianthes tubéreux (plus connus sous le nom de topinambours). Accompagné d’une mousse de quinoa sans sel. Pas de pain. Mort au gluten. En remplacement, une galette de riz en forme d’hostie. Pour dessert une pomme, un peu fripée, étiquetée bio. Chacun de complimenter Olga : “C’était, intellectuellement, parfait.”.

            Ploum sirote un verre d’eau plate. S’ennuie un peu. Que fais-je ici ? se demande-t-il. Il rêve de dévorer un énorme paquet de chips. Arrosé d’un godet de Chiroubles. C’est au salon, au moment de la tisane, celle-ci non sucrée, que la conversation s’anime.  

            On ne parle pas du président que vous savez. C’est mauvais genre. Ni même d’Obama. On parle de la rentrée. La littéraire. Chacun a son mot à dire. “700 romans nous déboulent dessus”, s’effarouche Olga. “On nous donne à lire n’importe quoi”, se plaint Augustine. Philippe, qui se veut écrivain, renchérit. “La production éditoriale est dirigée par les marchands”. “Et Balzac, pas mort, ricane Alexandre, qui dirige la revue “Dédale”. Ajoutant : “La marquise continue de sortir à cinq heures.” Le petit massacre ordinaire bat son plein. “L’autofiction, pouah ! ” grimace Albertine, en repoussant sa tasse de camomille. “Pourtant, se risque Sarah, en tirant sur sa jupe (qu’elle a courte), il y a eu Kafka ! ” Sarah est en khâgne. Son intervention infléchit à son insu le cours du colloque. On parle, à présent, de ce que doit être la vraie littérature. Une littérature digne de ce nom, qui “travaille la langue”. Et “la seule que l’on puisse écrire encore aujourd’hui. Après la Shoah.”

            Vêtu de noir (moustache comprise) Benoît fait l’éloge de l’écriture blanche. Il prône la phrase sèche. La littérature à l’os. “Dégraissée”. Le texte sans majuscules, sans virgules et sans points. Benoît touche le brillant qu’il porte à l’oreille. Apprécie le récit non linéaire. Délivré du diktat de narrer une histoire. “Ah ! s’exclame t-il en levant haut les bras vers le ciel : “Ecrire enfin un livre sur rien. (Comme le souhaitait Flaubert !)”. Hélène opine, tapote sa longue pipe sur le bord du cendrier. Elle occupe une chaire à l’université. Se sent habilitée à formuler le dernier mot : “Depuis Blanchot et Barthes, conclut-elle, la littérature n’a-t-elle pas trouvé définitivement son statut théorique ? Qu’en pensez-vous, Ploum ? Vous paraissez silencieux ce soir…”

            Ploum, surpris. Il en est encore à rêver d’un paquet de pommes chips à l’ancienne. Ou à la moutarde. Il est le point de mire de tous les regards. “Que vous dirais-je, mes amis ? Je suis, vous le savez, un lecteur candide”. Et comme on insiste : “Je vais vous faire une confidence. Vous avouer  à quoi ressemble à mes yeux –depuis de nombreuses années- la scène littéraire de ce pays. Est-elle privée de souffle ? D’imagination ? Je la vois comme une cuisine de type laboratoire, où tous les cuisiniers se demandent ce que doit être la cuisine, sans jamais produire de cuisine. Juste l’énoncé d’un menu, quelquefois. Ou un plat élaboré mais sans fumet”.

            Alexandre tousse. Hélène regarde sa montre. Albertine téléphone à sa fille. Edouard se mouche. Benoît est blême. Olga est verte. Et Ploum se dit : “Je viens une nouvelle fois de commettre une gaffe”. Par bonheur, à ce qu’il lui semble, Sarah sourit...

 

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L
A l'opposé du repas chez Olga, ce texte est savoureux!<br /> Pour midi, la baronne de la Sarazinière prépare une tête de veau. Nous aurons une pensée pour Ploum...
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