Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Société
Un lapsus royal
On connaît l’histoire de cet homme sincère qui déclarait à son ami : “Si l’un de nous mourrait, j’en resterais inconsolable”. L’autre jour, dans l’éventualité d’être devancée par Martine Aubry, Ségolène fait aussi bien : “Si je n’arrive pas devant, eh bien nous aiderons celle qui n’arrive pas devant.”.
Cette phrase touchante, de facture enfantine, paraît innocente. En fait, elle pervertit la syntaxe. Là où devrait apparaître le “parti socialiste” survient le “nous”, et ce qui pointe le nez dans ce nous, est le je. Le je de Ségolène. A juste raison on a repéré le lapsus. La révélation involontaire d’une pensée intime qui n’ose s’avouer.
Le fond de la pensée de Ségolène, s’est-on flatté d’interpréter, c’est l’évidence impérative de sa victoire, du haut de laquelle elle consolerait, dans un geste royal, son infortunée rivale. Cette interprétation n’est pas fautive. Elle est cependant partielle. On semble ignorer que le lapsus est une création de langage. Un compromis subtil. Voire “un acte manqué parfaitement réussi.”. Plutôt que de se gausser, mieux vaudrait tout entendre. Or dans sa courte phrase, notre dame en dit long.
Elle exprime certes son désir d’être élue. Et l’impossible à penser qu’il en soit autrement. Qu’elle en envisage toutefois, en passant, l’improbable hypothèse. Elle exprime aussi que pour elle, le P.S. est un nous. Un nous fraternel qui entoure le perdant. Enfin et surtout qu’elle-même devrait s’aider et être aidée, si par malheur elle devenait seulement la seconde.
Ce qui se noue tout ensemble en dix mots est son idéal, son ambition personnelle, sa force de conviction, sa générosité fraternelle et enfin, c’est peut-être le plus significatif : sa fragilité. Derrière le personnage, quelqu’un se livre (et je dois dire que c’est la première fois que Ségolène véritablement me touche).
Ce n’est pas par hasard si note héroïne se met tout aussitôt à parler d’elle-même –sans qu’on le lui ait demandé : « Vous savez, Claire Chazal, mes parents n’étaient pas socialistes. Je viens d’une famille qui votait à droite (..) Si je me suis engagée depuis 33 ans au sein du Parti Socialiste, c’est à cause des injustices faites aux hommes et aux femmes. Et que j’ai compris très tôt que j’arriverai à mon émancipation par l’école. ».
« Son père, signale Dominique Dhombres dans le Monde, était colonel d’artillerie. Il n’aimait pas les femmes savantes. ». Ajoutant : « Les éléphants du Parti, pas plus que son père, ne parviendront à lui barrer la route. »
Une lumière ici apparaît. Ce qui divise profondément un grand parti s’explique aussi par les données contingentes d’une histoire personnelle enracinée dans l’enfance, la jeunesse.
Martine, je l’apprends, vient de remporter la bataille. Pause dans la Guerre des Deux-Roses ?
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