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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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San Giovanni

                                                                                                                                   Gens

San Giovanni

             Un amour de garçon. Vous aller en juger. Lorsqu’il m’aperçut, l’autre jour, coiffé d’un chapeau melon, il leva son pouce en silence. “Classe”, signifiait son geste. Giovanni est un connaisseur. J’entrais, par son entremise, dans la connexion des hommes de 30 ans.–“Je relance le style “Krach années 30”, lui soufflais-je. “Super, commenta-t-il. Ajoutant : “Très tendance…”  Svelte, brun, le nez droit, l'oeil noir et luisant, Giovanni est beau. Un triangle de poils noirs, tel une lame de couteau, lui balafre la joue. Lui confère une allure de punk voyou qui contraste avec un air d’absolue gentillesse. Cet homme, qu’on suppose tatoué de l’épaule au talon, est un doux. Il aime les gens. Et non exclusivement les jeunes et jolies femmes.

            Son salon (design noir et blanc) est peu discriminant. Je n’y ai pas rencontré, certes, Mgr Barbarin. Mais la ménagère y côtoie la poupée, le notaire lyonnais le petit garçonnet, et la mémère âgée le barman du club de l’endroit. On est chez soi, chez Giovanni. On entre, on sort, on dépose son barda et, principalement : on se fait des poutous. On s’enquiert de la dent du bébé, de la hanche de l’aïeul, de l’opportunité d’une coupe nouvelle, puis l’on confie sa tête à la dextérité de l’officiant.

            Giovanni est un artiste doublé d’un jongleur. Le geste, rapide, précis, s’inscrit dans une arabesque scintillante. L’instrument qu’il saisit est chaque fois l'objet d’une pirouette. La paire de ciseaux tournoie, la tondeuse voltige, et la main, hop, fait voler la houppette. La coupe est un spectacle. Un bonheur du geste. Aux doigts étincellent des bagouzes d’argent. Et un petit lézard luisant du même métal lui agrippe l’oreille. Le genre bling-bling et mauvais garçon lui va comme un gant. Il le porte sans vulgarité, en aristocrate de la montagne sarde.

            Il s'est montré intéressé lorsque j’ai risqué le rapprochement. Quand j'ai suggéré qu’il ressemblait à St François, peint par Zurbaran. La toile (209 cm x 110) est accrochée à Lyon, au Musée St Pierre. Carla et moi, ce dimanche après-midi, sommes allés vérifier. La bure ôtée, le capuchon retiré, c’est bien lui. Ainsi sommes-nous coiffés, Carla et moi, par le François d'Assise de Zurbaran. Giovanni ? François ? Nous ne savons plus trop à quel saint nous vouer.

            Voulez-vous son adresse ?
                                        
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