Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Ploum
1 euro, trente
Que peut-on se procurer en échange d’un euro trente centimes ? Ploum se gratte le menton. Précisément il l’ignore. Que vaut le petit noir pris sur le zinc ? Le paquet de pommes chips ? Un ticket de métro ? Il ne saurait le dire. Chez le commerçant, il paie machinalement. Accepte sans regarder la monnaie qu’on lui rend. Ne contrôle jamais. On est en France.
Ploum, faut dire, ne connaît pas le souci d’argent. A la banque, il gagne sa vie largement. Dès qu’il quitte le bureau, il pense à autre chose. Vendre et acheter des actions, manipuler des millions, c’est le jeu. La routine. La vraie vie est ailleurs.
Or Ploum, du fait de Barbara, voudrait savoir. Se montrer sensible à la valeur réelle de l’argent. Savoir ce que l’on peut s’offrir à l’aide d’un euro trente. Se faire en somme une idée de ce que l’on nomme (de façon rustique) : le panier de la ménagère. –Dont ne fait point partie le quotidien du soir qu’il porte sous le bras. Qui vaut… Qui vaut exactement, comme c’est étrange : 1 euro 30.
C’est dans ce journal qu’il a appris la nouvelle. Barbara, allemande et syndicaliste, était caissière. Employée depuis trente ans chez KAISER, un supermarché de Berlin. Etait-elle mariée, mère de famille ? On ne sait. On sait seulement que cette dame a volé.
Le crime s’est déroulé de façon naturelle. Un client a oublié à la caisse deux bons de consigne (ils attestaient la restitution d’un lot de bouteilles vides). Savez-vous ce qu’elle a fait ? Elle les a empochés. Dieu, comme c’est vilain. Montant de l’escroquerie : 1 euro 30. Barbara a été virée. Le Tribunal du travail du Brandebourg a jugé légal ce licenciement. Enfin justice était faite.
Ploum songeur. “A cette aune, estime-t-il mentalement, je devrais être placé, plusieurs milliers de fois, sur la chaise électrique”.
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