Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Littérature
Stéphane Audeguy
“Nous autres”
Gallimard, 2009
Ce livre est à lire comme on regarde les tableaux d’une exposition. Chaque toile, sans souci de chronologie, relate un épisode de la vie d’un personnage. Etant bien entendu qu’il s’agit avant tout de peinture. Non du déroulement d’un récit biographique. L’histoire, à vous de la reconstituer si le cœur vous en dit. Sachant que la visée du peintre, elle, est ailleurs.
Dans cet ouvrage de Stéphane Audeguy, il s’agit peut-on dire de tableaux littéraires. De fragments qui se côtoient sans continuité narrative. Chacun valant pour sa magie langagière. Laquelle, au-delà de l’anecdote, évoque un pays africain, les populations qui y vivent : elles, vous, moi. “Nous autres”, les humains.
Terre meurtrie, perforée par la route, le rail, et la violence de l’entreprise occidentale ; terre aussi où se recherche l’origine de l’espèce humaine, le Kenya était le pays indiqué pour y inscrire la démarche d’un homme européen, nommé Pierre, en quête de ce que fut cet être inconnu, mort désormais, qu’était son père. Un père, apprend-il, qui était bien près d’être un saint. Et sans doute aussi un meurtrier. Un père enfin dont il découvre qu’en la personne d’un bel enfant métis, il lui laisse aussi un frère.
Ce beau symbole, où l’on peut lire une promesse, tempère le pessimisme du livre. Le crocodile serait le sommet de l’évolution. L’homme, un modèle d’inadaptation au milieu naturel. L’espèce humaine, seule, attaque toutes les autres. “Elle continue et ça ne finira jamais”.
Si toutes les pages ne sont pas également réussies, certaines sont de véritables poèmes. L’ensemble un hymne au peuple kenyan.
“… et le vent le plus fou ne nous fera pas taire
et nos mots sur la terre un immense tombeau.”
Fin de l’ouvrage
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