Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Ploum
Une tentation de Ploum
Ploum attache sa ceinture. La détache. Plus justement se détache. Ouvre avec précaution la portière. Ne pas heurter la coque de l’auto d’à côté, stationnée trop près. Il passe une jambe, un bras, le tronc, l’autre bras. Se faufile latéralement vers le trottoir. Evite une crotte de chien. ôte le papillon de contravention coincé sous l’essuie-glace. Vérifie la lisibilité de l’attestation d’assurance. L’attestation du contrôle technique. Réintègre l’habitacle opérant les mêmes contorsions. Le voilà de nouveau au volant. Se réattache. S’assure de la présence du gilet fluorescent, obligatoire. Du triangle d’alarme, obligatoire. Ploum est paré. Il peut faire face à l’œil inquisiteur du représentant de la loi.
Il règle l’orientation des rétroviseurs. Des trois. Voir derrière. Voir également de côté. A gauche, à droite. Plus important que voir devant. Il recule. Fait clignoter son clignotant. Réussit la prouesse de prendre rang dans la cohue. La colonne ronflante des voitures. Celle-ci progresse à la vitesse du piéton. S’arrête, se comprime, se dilate, avance de quelques mètres. Reptation patiente d’un énorme serpent aux reflets métalliques. Dans ses flancs : des regards d’humains. “Pauvres hères que nous sommes”, se dit Ploum. Mais il prend sagement son mal en patience.
Il a mis la radio. “…Renforcement des pratiques sécuritaires, entend-il dire. Un français sur 100, en 2008, s’est vu placé en garde à vue dans un commissariat.” Un sur cent. Ploum n’en croit pas ses oreilles. La nouvelle lui fait froid dans le dos. Il tremble. Jette un œil apeuré au compteur de vitesse. Se rassure. Soupire. Que n’est-il en ce moment au logis. A déguster des chips arrosées d’un petit verre de Porto.
Ploum se rend chez Olga. Elle possède un double de son trousseau de clés. Les clés de son appartement. Ploum s’en veut. Où avait-il la tête ? Il a clenché la porte. Ses clés sont demeurées pendues au clou. Il regrette son loft d’autrefois, qu’il ne verrouillait pas. On le siffle. Qu’arrive-t-il ? On s’approche. Il est passé à l’orange. “Vos papiers”.
A Ploum, demander ses papiers. Il ne les porte jamais sur lui. –“Veuillez vous garer là”. On ouvre son coffre. On fouille sa boîte à gants. On y découvre un objet suspect. Un livre : “Malaise dans la civilisation”. Ils prennent des notes. Parlent à la radio longuement. Le font souffler dans un ballon. Le gardent trois heures montre en main. C’est réglementaire. Ils en ont le droit.
Il fait nuit lorsque Ploum arrive chez Olga. A côté de grands blockhaus badigeonnés de blanc, elle habite une élégante forteresse. Défendue par des sens interdits. Ploum en fait longuement le tour. Longe de hauts murs, affronte enfin une barrière de type militaire. Le check point. “Résidence Les Belles Feuilles”. Des caméras de surveillance l’observent. Digicode au pied de l’immeuble. Digicode dans le sas d’entrée. Digicode dans l’ascenseur. De ce dernier, Ploum a oublié le chiffre. Lui tant ami des nombres. Dans la cage immobile, Ploum est en perdition. Pour la première fois de sa vie, il éprouve la tentation d’entrer au couvent.
A moins qu’Olga ne sache enfin le consoler.
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