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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Une manière nouvelle de faire l'amour ?

                                                                                                                          Ploum/Société

 

Une manière nouvelle de faire l’amour ?

 

Cher Ploum,

            Votre indignation l’autre soir au téléphone. Combien je la partage, je n’ai su vous le dire. J’avais quelqu’un. Je ne pouvais librement m’exprimer. Surtout sur ce sujet. Je suis vous le savez une femme pudique, non née comme vous en Occident. Ce soir enfin, mon petit chien sur les genoux, je veux me rattraper. Vous dévoiler toute ma pensée. Par écrit, je l’espère, la chose me sera plus aisée. Hardi donc, ma fille jetons-nous à l’eau !

            Je hais le préservatif. Ce doigt de latex hygiénique, flasque, réfrigérant. Et cette petite bulle de chewing-gum ridicule, qui pend comme une fleur fanée tout au bout de la branche ! Ploum. Je ne supporte pas un homme, aussi valeureux soit-il, qui dans cet appareil devant moi se pavane.

            N’empêche. Vous avez raison. Interdire l’usage de cette précaution entraîne des conséquences tragiques. Condamne des milliers de gens à une mort certaine. Prêcher de surcroît l’abstinence, et tacitement l’onanisme, est tout aussi insensé. Invite l’homme à faire l’ange. A s’inscrire dans une espèce volatile qui n’est pas la sienne et qui de plus n’existe pas. Ce point étant acquis, je vous estime assez, Ploum, pour vous livrer le fond de ma pensée.

            Il serait temps que notre humanité cultive une manière nouvelle de faire l’amour. Moins machiste, plus naturelle, plus humaine.

            La rencontre sexuelle est en effet aussi un fait d’époque. D’époque et de culture. Ce qui se passe aujourd’hui entre un homme et une femme ne peut plus être ce qui se passait du temps de l’homme de Neanderthal ou du temps de l’antique Abraham. Longtemps il importa, Ploum, de faire zizipanpan. Je dis zizipanpan. Je ne dis pas catleya. On ne sait trop ce que désigne catleya. Zizipanpan est plus franc. Plus percutant. C’est la forme animale de faire des petits. Des petits en grand nombre, afin d’en garder quelques uns. Ces derniers devant assurer plus tard les vieux jours. La Sécu de l’époque. La reproduction dès lors s’érige en gloire. La gloire du patriarche. Et s’impose comme une mission de l’humanité : “Croissez, multipliez-vous.” Et possédez la Terre !

            Cette mission, désormais, est accomplie. De façon démesurée. Les humains ont surpeuplé la Terre. En ont exploité les ressources de façon éhontée. La Terre aujourd’hui n’en peut mais. Et nos organes reproducteurs, en tant que tels, ont fait leur temps. Ne servent que le jour où l’on veut concevoir un enfant.

            A quoi veux-je en venir ? A ceci, Ploum : les amants aujourd’hui n’ont plus à faire l’amour sur le mode impératif de perpétuer l’espèce. A savoir, pour le mâle, de pénétrer le corps de la femme, et, pour celle-ci, de se laisser pénétrer par le mâle –recourant, pour comble, au latex élastique.

            Il n’y a plus, Ploum, à faire zizipanpan. ! C’est la grande nouvelle. Chacun, sans doute, depuis longtemps la connaît. Nulle n’ose la publier. Nous restons tributaires à notre insu d’un schème qui n’a plus cours. Le temps est venu de nous en délivrer. Non qu’il faille principalement nous préserver d’une maladie mortelle, et en préserver autrui, tellement la chose est évidente. Mais au motif que ce mode archaïque de pratiquer l’amour n’a plus de raison d’être. L’extase amoureuse, de nos jours, se passe allègrement de la gymnique reproductive.

            Ce qui ne prive nullement l’amante, lorsque la fantaisie lui en prend (et quand le risque est nul) de se faire chose. D’emprunter le statut d’objet. Ou de victime sacrificielle consentante. De se laisser fouiller, malmener, tamponner, fourrager. Et l’homme de jouer en hennissant l’étalon fougueux, le soc de charrue, le laboureur de la terre, grand prêtre et maître du monde.

            Cette geste, pour être grandiose, n’est dorénavant qu’une facétie occasionnelle, le souvenir ému d’une épopée ancestrale. Et ce, en dépit de ce que veulent nous faire croire (et faire croire au bon peuple et aux enfants) les marchands pornographes. Les vendeurs et diffuseurs d’images et de films machos.

            L’ère qui s’ouvre, en amour, est celle, conviviale, de l’échange des regards, des caresses, des baisers, jusqu’à l’extrême jouissance. Est-ce du fait que je suis femme (et contente de l’être) que j’incline à penser ce que je pense ? Que le prototype de la rencontre amoureuse va de plus en plus se conformer au modèle des belles manières de Lesbos ? Que le mode amoureux va devenir communément celui du repas sensuel pris ensemble, chacun étant pour l’autre tout à la fois le commensal, le spectacle, et le festin ?

            Je n’en dirai pas plus, Ploum. Le temps est lourd ce soir sur Singapour. Et l’on m’attend pour une partie de Go. Me direz-vous à votre tour votre pensée ? Avant qu’un jour, peut-être, je vous invite à ma table ?

                                   Votre amie lointaine, Olga.

            P.S. : Ecrivez-moi. Evitez l’email. Je veux votre écriture.
                                          o

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