Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Littérature
Alexandra Marinina
“Ne gênez pas le bourreau”
Seuil, 2005, 400 p.
Décidément je ne parviens pas à me débarrasser des tueurs. Avec ce roman d’Alexandra Marinina, j’ai de nouveau affaire à eux. (En tant que lecteur, grâce à Dieu). –Vous l’avez bien cherché me direz-vous, en abordant un roman policier. Sans doute. Mais il s’agit d’un roman russe, parfaitement traduit, écrit par une femme, et qui nous introduit avec courage dans un moment critique de la Russie en ruine. Cela valait la peine d’aller y faire un tour.
Années 90. L’Empire soviétique vient de s’effondrer. Les pratiques expéditives légitimées par la raison de l’Etat stalinien ont laissé des traces. L’ère nouvelle d’une liberté affolante en hérite. Afin d’accéder au pouvoir ou de s’y accrocher, hommes politiques et dirigeants d’industrie usent de pratiques mafieuses. On tue sans états d’âme pour parvenir à ses fins. Des îlots de citoyens demeurés intègres leur résistent. C’est le cas de la Brigade Criminelle de Moscou, dont est membre Nastasia, la très sympathique héroïne du roman.
Les tueurs, cette fois, ne sont pas des snipers. Lesquels ont pour cibles des gens anonymes (voir précédemment sur le blog). Les tueurs sont ici des professionnels. Ils tuent sur commande des victimes très identifiées. Et sur un mode original, en pratiquant l’hypnose. Ce don hypnotique est ce qui les a fait recruter. Leur chef, un dénommé Souilak, n’est pas tout à fait un mauvais bougre. C’est pour faire justice qu’il élimine un à un, par l’entremise de ses hommes de main, d’autres tueurs à gages. On le soupçonne, on l’appelle le Bourreau. Où et quand va-t-il encore frapper ? Dans l’impossibilité de s’en faire une idée on le laisser opérer. “Ne gênez pas le bourreau”. “Il sait mieux que nous qui il faut punir. Laissez-le nous montrer le chemin”. Ce chemin mène à lui. Il accomplit enfin sa dernière mission : il se suicide.
Peu d’indications nous sont données sur la psychologie de cet homme. Si ce n’est que “toute son existence était bâtie sur l’obéissance.”. Il aimait s’en remettre à l’autorité. Jusqu’au jour où, se réveillant, il n’eût de maître que lui-même. Et dut alors faire justice. Et se faire justice. Une intrication singulière du bien et du mal. Une allégorie peut-être de la Russie d’aujourd’hui ?
22 avril 2009 : “Moscou. L’homme d’affaires français Thierry Spinelli, son épouse russe Olga et leur fille de 2 ans, ont été trouvés sans vie dans leur appartement, lematin du 20 avril, à la suite d’un incendie. Une enquête a été ouverte pour meurtre par le parquet de Moscou. Les premières constatations indiquent qu’Olga aurait été étranglée”. –(AFP.)
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