Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Intime
Moment 1
Le soir tombe. Par la fenêtre ouverte, et du fond du lit, j’admire le nouveau Décor. Le décor qu’en avril, à point nommé, offre la nature : sur fond de ciel, en ombre chinoise, la ramure profuse des grands acacias. Une chevelure végétale frémissante. C’est tout. A cela, soustrait de ce qui m’entoure, se résume le monde. Contemplation.
Soudain, au milieu du feuillage, que vois-je, qui captive mon regard ? Une forme étrange. Un primate au profil de chien, museau pointu, oreille dressée. Un être grand, svelte, noir, arc-bouté sur de longues jambes. Un singe. Un diable peut-être. Son bras s’avance, s’accroche aux feuilles. La queue, en panache, jaillit du haut de sa cuisse. Elle a quasiment l’épaisseur de son corps, telle un double qui lui tourne le dos. L’autre bras, invisible, brandit une haute hampe. Elle serait une torche olympique si une flamme y brûlait (au lieu de la première étoile que mon rêve imagine).
Inlassablement, l’animal se balance, sous l’effet d’un léger souffle du vent. Longtemps, je ne verrai que lui. Avant que ne l’engloutisse la nuit. Si à nouveau demain il apparaît me dis-je, je l’appellerai Horace. Pourquoi Horace ? L’avez-vous deviné ? Moi non. Pas encore.
Ce tableau simple est écrit sous la lampe. A la radio, deux hommes conversent. Deux Alain. Leurs voix sont un murmure. L’un deux, aristocrate, évoque ce qu’il nomme l’Idée, “l’Hypothèse communiste”. Une chance selon lui pour l’humanité. Un printemps encore possible. Une petite espérance. Là où d’autres voient le diable.
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