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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Tabernacle

                                                                                                                                 Société

 Tabernacle

         Les historiens d’art ne parlent pas d’art, ou si peu. Ils parlent autour de l’art. Il n’y pas lieu de leur en vouloir. Qui peut parler d’art ? Cependant, ce qu’ils nous apprennent d’un peintre, d’un tableau, d’une école de peinture, peut présenter un extrême intérêt. Où et à quelle époque apparut la première figuration (connue) d’un être humain ? Où et quand fut inventée la perspective, le paysage, la nature morte, l’art abstrait, le ready-made ? Sous quelle nécessité et pourquoi ? Le repérer et le comprendre, lorsque c’est possible, est chose précieuse. Nous aide à concevoir d’où nous venons, ce que nous sommes, et à pressentir un peu où va notre histoire.

            Ainsi est-il établi, dans un livre de Thierry Sabatier (que je n’ai pas lu mais qui vient de paraître) que le tableau de Courbet “L’Origine du Monde” est bien la première représentation qui ait jamais été faite en art, et de manière frontale, du sexe féminin. Une information à mon sens utile à connaître quand une part de l’humanité devenue notre voisine et notre contemporaine s’ingénie désespérément à cacher le corps entier de la femme. Et non seulement sous la finesse d’un voile, mais dans les plis opaques d’une sévère burqa. Le tableau de Courbet se positionne ainsi comme l’opposé extrême de la burqa.

            On peut toutefois se demander quel intérêt peut s’attacher à des recherches anecdotiques qui ont peu à voir avec l’art ou les civilisations. Ainsi notre chercheur a-t-il voulu savoir, recourant à l’expertise d’un anatomiste, si la pose figurée sur la toile de Courbet était bien naturelle. Et si la dame, à y regarder de près, n’était pas enceinte. Savoir aussi, dans toute la mesure du possible, qui était cette dame. Quels avaient été les propriétaires successifs du tableau (dont un diplomate turc). Reconstitué enfin l’itinéraire labyrinthique du tableau, lequel aboutit un jour chez Lacan avant d’être donné, du fait d’un drame de succession, à un musée national. Ces petites misères prosaïques étant de nature, on en conviendra, à faire blêmir dans son cadre la Joconde.

            Une chose significative m’est cependant apparue à l’écoute de l’écrivain chercheur qui se trouvait interviewé. Chez tous les propriétaires successifs, expliquait-il, le tableau demeurait voilé. Ou enfermé dans un petit placard de bois scellé au mur. Dévoiler l’œuvre devant les convives était, je l’imagine, une sorte de cérémonie. Un silence religieux s’instaurait. Le prêtre alors montait à l’autel, et ouvrait le tabernacle. La chose valait bien une messe.
                                            o

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D
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