Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Ploum/société
Faites un MBA
“Vous avez trente ou quarante ans. Vous êtes ingénieur ou cadre dans une entreprise. Vous êtes dynamique et ambitieux. Faites un MBA. En moins de deux vous doublerez votre salaire. Et sortirez de la crise par le haut.”.
Ploum, intéressé. Le MBA comme chacun sait est l’intitulé d’un diplôme : le Master d’Administration des Affaires (en anglais : Master of Business Administration). Tout cadre un peu agressif, de nos jours, fait un MBA. De préférence aux Etats-Unis. Un MBA décerné par la Harvard Business School fait de vous une importante personne. La London Business School, en Grande-Bretagne, est même l’Insead, en notre pays, vous donnent également bonne figure. En apprenez-vous beaucoup au cours de ces formations ? Ce n’est pas la bonne question. Ce qui importe est d’avoir été admis, sélectionné. Le MBA est un trophée. Un trophée juteux pour les Ecoles de management qui le décernent. Un trophée magique pour ceux qui le décrochent et voient s’ouvrir devant eux, parait-il, des portes jusqu’ici fermées. Le MBA booste votre carrière.
Ploum, qui ne sent pas spécialement agressif, cependant se pique au jeu. Ne passe-t-il pas pour un superdoué dans sa profession ? En outre, à la banque, avouons-le, il s’ennuie. Pourquoi ne s’offrirait-il pas un MBA, histoire de faire un break ? Ploum examine d’un peu près les conditions d’accès. Elles ne sont pas, on pouvait s’y attendre, à la portée du premier venu.
La formation qu’offre un MBA à plein temps (fool time MBA) vous coûte selon l’endroit entre 50 000 et 11 000 euros. Il faut pouvoir se délester sportivement de cette somme. Avoir de plus démissionné du poste que vous occupez dans votre entreprise. Avoir enfin, au préalable, réussi le “GMAT” : Graduate Management Admission Test (prononcer : Dji-mat). Autant dire l’examen d’entrée. Celui-ci se déroule sous la forme d’un test marathon d’une durée de quatre heures. Sous forme de QCM, la plupart des questions seront notées mécaniquement.
Les candidats, pour s’échauffer, composent d’abord par écrit 2 essais de 30 minutes chacun. Répondent ensuite à 37 QCM de mathématiques, à résoudre en 75 minutes. Suivis de 41 autres QCM, dont une partie verbale, portant sur le raisonnement et la compréhension des textes. Précision et rapidité sont les critères de la réussite. Il faut dégainer vite et bien. Aptitudes qui font les héros du western et des jeux télévisés. Questions et réponses : exclusivement en anglais.
Cette dernière clause suppose, nouveau préalable, que vous avez passé avec succès le “TOEFEL” (Test sur la pratique de la Langue Anglaise.). Cette préparation vous prendra elle-même entre quatre et six mois, cours et travail personnel compris. Et vous coûtera la modeste somme supplémentaire de 3 000 euros.
Ploum, alléché. L’occasion est belle, pense-t-il, d’éblouir Olga. Il ouvre par malheur le journal. En pleine page : la photo en couleur d’un clown. Un nom est indiqué dessous : Jean-Christian GUIBERT. Un surdoué lui aussi. Il était ingénieur. Il a tout plaqué. S’est lancé dans le spectacle de rue. “Ce travail a plus de sens pour moi que tout ce que j’ai pu faire jusqu’ici. (…) Le clown est un raté. Un idiot, un inadapté. (…) Complètement à rebrousse poil des directions que suit notre société. N’est-ce pas follement libre ?”
Ploum songeur. N’en pas souffler mot à Olga.
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